La Vida OFF : un ange passe

3 octobre 2016

J’entame mon 7ème mois de grossesse. Je suis énorme, telle une grosse pastèque. J’ai du mal à me déplacer, alors monter les escaliers, lacer mes chaussures, et faire du vélo sont des missions impossibles …. Je n’ai qu’une envie c’est ne rien faire et regarder mon ventre s’arrondir. En plus, je dors très mal, avec ce gros ballon en guise de ventre.
J’imagine mon bébé qui gigote et me fait signe parfois quand je mange quelque chose qu’il aime. Il ne virevolte plus trop car il manque de place dans sa chambre tout confort mais il s’étire encore. Ça lui fait du bien et il me montre qu’il est là quand une petite bosse apparaît sur le dessus de mon nombril. Je lui parle quand nous sommes tous les 2. Je lui raconte son père et ses frères qui l’attendent. Je lui décris sa chambre que papa vient de finir et je lui dis que je l’aime très fort et que j’ai hâte de le rencontrer.
Tout ça se passe dans mes rêves… Et tous les matins je reviens à la réalité et je percute que depuis un mois et demi, mon bébé est mort et que je ne l’ai jamais vu.
Il y a un mois et demi, il naissait sans vie. C’est le terme que les médecins emploient pour parler d’un fœtus mort. Je n’ai pas donné la vie comme il est coutume de dire. Mais je n’ai pas donné la mort non plus. Ou du moins, pas sciemment. Pas consciemment. Je n’ai pas fumé, je ne me suis pas drogué, je n’ai pas bu d’alcool, j’ai fais attention à mon alimentation, mais il est mort quand même.
Le premier mois après sa naissance sans vie, j’étais comme anesthésiée. « Sous le choc » est paraît-il l’expression qui convient. Au final, j’ai peu pleuré et j’ai recommencé ma vie où elle s’était arrêtée avant sa naissance. Mes enfants, mon mari, le boulot, les amis. Il faut bien que la vie continue et c’est quand même bizarre de pleurer quelqu’un qui n’a pas vécu.
Parce qu’aux yeux de tous, il n’a pas vécu. Il est même mort avant de naître. C’est dire …
Mais pour moi, il a existé. Il était là dans mes entrailles, au plus profond de moi. Je l’ai senti bouger et je lui ai parlé tous les jours de avril à août , tous les jours. Je l’ai vu aussi, aux échographies. Et je l’ai imaginé ici, à la maison, avec nous.
Aujourd’hui mon ventre a dégonflé, dire qu’il est plat serait un gros mensonge puisqu’il ne l a jamais été … Dégonflé est le mot approprié et puisque j’ai repris le boulot, tout le monde a oublié. Je fais comme si rien ne c’était passé car il faut bien continuer. Il faut bien être dans le présent et dans la vie.
Pourtant, je me sens meurtrie,j’ai mal tout le temps et je me sens incomplète. Il me manque quelque chose. Je devrais dire il me manque quelqu’un. Parfois je pleure sans raison. Je sens les larmes qui montent et je me dis: »non, pas ici ni maintenant. Pas devant les enfants ou pas devant ces personnes. « . Mais je ne le maîtrise pas, comme je n’ai pas maîtrisé son destin. Moi qui pensais que le ventre maternel était le meilleur endroit pour les bébés… Moi qui pensais que je pouvais protéger mes enfants…
L’autre jour, j’arrive chez la nounou de mon petit Gianni qui a 4 ans et je le vois qui berce gentiment la petite fille de 8 mois qu’elle garde. Il lui chantait la berceuse que je lui chante depuis qu’il est né le soir avant qu’il ne s’endorme. La scène était très jolie, la petite avait l’air d apprécier et lui avait l’air content de faire le grand. J’ai réprimé mes larmes mais ça m’a fait l’effet d’un coup de poignard. Si tout s’était passé normalement, il aurait pu chanter cette berceuse à son petit frère.
Mais il faut vivre avec ce manque. Avec ce bébé que personne ne connaîtra jamais mais qui m’habite toute la journée. Il me manque et pourtant il est là, à chaque instant.
J’ai du mal à dire que j’ai deux enfants alors que j’ai eu 3 grossesses. Mais en même temps, qu’est ce que je vais dire ? J’ai 2 enfants en vie et un enfant qui est mort mais qui n’a pas vécu ?
Pffff …. Alors oui, j’ai deux enfants. Deux merveilles, deux soleils. Et j’ai un ange. Un ange qui est à chaque instant auprès de moi. L’ange est venu puis il est reparti dans son paradis. Il est au paradis des fleurs, des papillons et du printemps éternel avec les autres enfants qui n’ont fait que passer parmi nous mais qui ont laissé une trace indélébile.

« Tu n’es plus là où tu étais mais tu es partout là où je suis ». Victor Hugo

Christine

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