SANTE : Le CHU de Montpellier débute le télésuivi au domicile des patients souffrant d’insuffisance cardiaque

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Le CHU de Montpellier débute le télésuivi au domicile des patients présentant une insuffisance cardiaque

Malgré les progrès dans la prise en charge, l’insuffisance cardiaque reste une problématique majeure avec 1 à 2 millions de patients atteints en France, et cela risque de s’aggraver dans les années à venir avec le vieillissement de la population, l’augmentation du surpoids et du diabète, etc.
Partant de ce constat et dans le cadre de l’expérimentation nationale de télémédecine ETAPES, un travail important a été réalisé afin de mettre en place un dispositif de télésurveillance pour les patients atteints de maladies chroniques.

Sur la base du volontariat, le pôle cœur/poumon du CHU de Montpellier et, en particulier le département de cardiologie, a initié les premières inclusions de patients depuis le 10 septembre dernier. Il s’agit, pour le patient qui l’accepte, de relever son poids et de répondre à 8 questions quotidiennes. Ce dispositif renforce la place du patient en tant qu’acteur de sa prise en charge.

Aux quatre premiers patients inclus depuis septembre, devraient succéder des patients porteurs de prothèses cardiaques et des patients présentant des insuffisances respiratoires, concernés par la télésurveillance.
L’objectif du CHU est d’inclure 100 patients dans les 12 prochains mois pour évaluer l’efficience de cette technique de télémédecine porteuse d’avenir et qui devrait, dans les mois qui suivent, s’étoffer techniquement (analyse de la fréquence cardiaque, pression artérielle, etc. intégrés au dispositif actuel).

L’insuffisance cardiaque : un enjeu de santé publique

L’insuffisance cardiaque est un état pathologique indiquant que la pompe cardiaque n’est plus capable d’assurer un débit sanguin suffisant pour satisfaire les besoins de l’organisme. Cette pathologie est associée à un mauvais pronostic (décès prématurés, accidents cardiaques…) et représente une part importante des dépenses de santé (1-2% dans les pays développés avec une projection au doublement de ce poids dans les 30 ans).

Parmi ces patients, 300 000 à 400 000 présentent une forme modérément sévère à sévère, ce qui les empêche de mener une vie normale. Cela les gêne dans la vie quotidienne, mais les expose également à des accidents aigus, qui peuvent les conduire à l’hospitalisation. Ces hospitalisations pour insuffisance cardiaque représentent 150 000 hospitalisations par an, ce qui en fait la première cause d’hospitalisation chez l’adulte.

L’insuffisance cardiaque à l’heure de la télémédecine

Différentes approches visent à réduire ces hospitalisations. Parmi les plus prometteuses, les pouvoirs publics développent des approches de télémédecine, à travers l’expérimentation nationale ÉTAPES (aussi appelé « Article 36 »). Le but de cette innovation technique mais avant tout organisationnelle, a pour but de repenser l’organisation sanitaire pour augmenter la qualité, l’efficience et l’accès aux soins.

Le CHU de Montpellier a débuté le suivi des patients qui ont présenté dans l’année précédente un épisode d’insuffisance cardiaque par un des procédés disponibles de télésuivi. Actuellement, il utilise le dispositif Connect Chronic Care Connect TM Cardiologie développé par la société AIR LIQUIDE. Ici, la solution technologique et l’accompagnement individualisé doivent permettre de prévenir les décompensations cardiaques, de réduire les réhospitalisations et in fine d’améliorer la qualité de vie des patients en favorisant le maintien à domicile dans les meilleures conditions possibles.

En pratique, la solution apporte au patient :

  • Une surveillance continue du poids et d’autres paramètres cliniques pour prévenir les décompensations cardiaques et réduire les réhospitalisations ; pour ce faire, chaque patient reçoit à domicile une balance connectée reliée à une tablette numérique (fournies gratuitement par le prestataire). Le patient se pèse quotidiennement (sur la balance qui lui est dédiée) et répond à 8 questions sur les symptômes de sa pathologie. (Êtes-vous essoufflé dans la journée ? Avez-vous du mal à dormir ? Vous sentez vous fatigué ? etc).

Ces données transmises à un serveur sécurisé, sont analysées automatiquement par un algorithme et, en cas d’alerte sérieuse, l’équipe du Pr François Roubille est prévenue afin de prendre en charge rapidement le patient.

Il ne s’agit pas d’un dispositif d’urgence, mais d’un outil de suivi à moyen terme des patients hospitalisés dans les 12 mois précédents.

L’objectif est de faciliter le suivi à distance des patients en évitant des déplacements inutiles pour des consultations ou des examens et donc par conséquent de fluidifier l’accueil dans l’unité.
Un accompagnement thérapeutique du patient est prévu et sera effectué par des infirmières dédiées par le prestataire de la solution technique. A cet effet, le patient sera régulièrement appelé par des infirmières spécialisées en éducation thérapeutique, afin de faire un point sur leur état de santé général, l’observance de leur traitement… ce qui permettra de maintenir un lien concret tout en étant suivi à distance.

  • Un accompagnement thérapeutique et individualisé par un centre infirmier dédié pour apprendre à mieux vivre avec l’insuffisance cardiaque ;
  • Une traçabilité et un stockage de ses données cliniques pour un meilleur suivi.

De son côté, le médecin dispose d’une solution opérationnelle permettant une gestion préventive de l’évolution de l’état de santé de ses patients. Actuellement, l’équipe « insuffisance cardiaque » du Pr François ROUBILLE suit déjà une trentaine de patients.

Dans le cadre de l’expérimentation nationale, le télésuivi implique également le médecin traitant, le cardiologue traitant, mais aussi les paramédicaux qui s’occupent du patient : l’objectif est bien d’alerter précocement et d’impliquer les soignants dans l’intérêt du patient.
Cette solution semble particulièrement prometteuse chez les patients les plus sévères, ceux qui habitent les endroits les plus éloignés des villes, ou encore ceux qui présentent des difficultés pour se déplacer.

Un objectif ambitieux

L’efficacité de la solution s’appuie principalement sur les résultats d’une étude prospective longitudinale contrôlée, menée en conditions de vie réelle en Allemagne qui montrait jusqu’à une augmentation de près de 50 % de la probabilité de survie à un an.
Actuellement plusieurs études sont en cours pour confirmer cet impact, en France.

« Ce dispositif permet de suivre au plus près les patients et le plus souvent de les rassurer et de leur offrir un soutien quotidien avec l’assurance que les alertes seront traitées rapidement. »

« Pour le médecin, Ce système offre la possibilité d’anticiper les problèmes et donc d’adapter à distance les traitements, voire de faire venir en consultation non programmée le patient afin de lui éviter une hospitalisation qui sera source de stress et de complications. »

« Tout cela nécessite en revanche une profonde réorganisation, car ce sont des méthodes de travail nouvelles, qui imposent une grande adaptation et une grande souplesse. Pour certains patients également, le cadre trop rigide devra être assoupli avec l’expérience. »

 


 

Article rédigé par le Pr François ROUBILLE, Cardiologue au CHU de Montpellier,

Unité de soins intensifs cardiologiques – Département de Cardiologie de Montpellier
Diplômé PhyMedExp de l’Université de Montpellier
Président du Groupe USIC de la Société Française de Cardiologie

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