Noël et la justice divine

Noël n’est pas seulement la fête des enfants, des cadeaux, de la famille et du repos. C’est aussi, fort heureusement, la naissance, pour les chrétiens, et, plus largement pour toute l’humanité qui veut bien y consentir, de ce dieu qui s’est fait homme, qui s’est incarné en Jésus de Nazareth, devenu, après sa résurrection, Jésus-Christ.

 

Cet enfant dans la crèche c’est un immense espoir, de réconciliation avec notre nature humaine, de réconciliation avec notre histoire, notre passé, notre avenir, de réconciliation également avec la vie. Jésus a marqué ses contemporains par le message tant philosophique que théologique qu’il a pu délivrer, mais surtout par sa profonde humanité.

 

LE PARDON au cœur de toute action

L’incarnation d’une justice divine, ce n’est pas rien. Après la loi du talion pour laquelle un œil valait un œil, après la justice de Salomon qui tentait l’équité par le partage par moitié de cet enfant que deux femmes se disputaient, une nouvelle justice est apparue, celle du cœur, le cœur de «l’Homme».

Le pardon a été placé par Jésus au cœur de toute action, de toute entreprise. Le pardon et la réconciliation. Plus que jamais cette question de l’écoute, de la compréhension, du pardon synonyme d’acceptation et de réconciliation est au centre des nouvelles modalités de traitement des affaires judiciaires. Et cela ne concerne pas seulement le domaine des affaires familiales, mais également celui du monde de l’entreprise, celui du domaine des affaires. Il se propage, se généralise au grand dam de certains qui voient évoluer une justice inattendue !

Est-ce à dire qu’à ce moment précis où notre société se laïcise elle adopterait enfin des valeurs prônées depuis plus de deux mille ans ? En réalité, ces valeurs sont à l’essai, expérimentées depuis tout ce temps, mais elles ont été contrariées par des courants de pensées, tant philosophiques, théologiques, que sociétaux bien plus rigoureux et intransigeants. Notre histoire est traversée de ces radicalités qui ont contribué parfois à une justice expéditive, extrêmement violente comme, par exemple, l’inquisition, les tribunaux militaires en temps de guerre, la question ou « torture » pour emporter les aveux des malheureux qui y étaient soumis. Tout cela semble tellement loin de Dieu, de ce Jésus parcourant les chemins de Judée pour y prôner le premier des commandements : « aimer son prochain comme soi-même ».

C’est, en quelque sorte, un éternel recommencement en vue d’une certaine perfection que nous vivrions à travers les cycles de l’histoire et de nos civilisations. Certes, la nôtre commence à atteindre un certain degré d’élévation qui peut faire espérer le meilleur même si le pire est encore à l’œuvre. L’essentiel est que nous avancions vers une voie qui semble acceptable. La justice divine se diluerait, en quelque sorte, dans la justice humaine qui tente, avec ce qu’elle est et ce qu’elle a, de faire au mieux au moment où elle exerce ses fonctions.

Une justice submergée par le flots des actions judiciaires

Parlons-en justement de cette justice humaine qui se traduit aujourd’hui par une institution qui est, il faut le dire, dotée d’outils humains d’une rare qualité mais d’outils matériels qui peuvent nuire à l’efficacité de magistrats au service des missions qui leur sont confiées.

Une justice complètement submergée par le flot des actions judiciaires et des règlements qu’elle a à connaître. Une justice qui a besoin de davantage de moyens mais qui doit faire sans eux. Une justice qui aurait besoin d’avoir le temps de la réflexion mais qui, comme nous tous, gère les urgences, gère les contradictions, gère les imperfections et essaie de trouver des solutions juridiques et judiciaires.

« La pédagogie de l’audience »

Notre société se durcit, se complexifie. Les justiciables ont de plus en plus de mal à comprendre à la fois le travail des magistrats, mais aussi celui des avocats. Internet leur fait croire qu’ils peuvent tout savoir. Le statut de consommateur les place en position dominante qui altère souvent le dialogue : le consommateur n’aurait que des droits et finalement peu d’obligations. Le droit se définirait presque au cas par cas, une justice à la carte. L’assistanat place le citoyen au-dessus des lois et lui fait croire que tout lui est dû.

La réalité est un choc. Elle est, au niveau judiciaire, ce que j’appelle « la pédagogie de l’audience ». Elle devrait nous restituer, tous ensemble, face à plus grand que nous, face à la loi. Mais la loi, même dans ses fondements, est parfois et trop souvent, remise en cause.

De ce tableau noir se dégagent cependant de belles couleurs, de belles lumières. La passion et la compétence, en premier lieu, de tous ceux qui animent le « tissu judiciaire ». Enfin et surtout, en cette période de fin d’année, la force de croire que cette vie et ses épreuves, ses joies, sont le plus beau cadeau qui pouvait nous être fait et que celui qui nous regarde de très loin – ou de très près -, le « créateur », celui qui nous connaît mieux que nous même, nous a déjà donné tout ce qu’il fallait pour, justement, réussir cette vie.

Oui, Noël est cette bonne nouvelle, celle de la présence, à nos côtés, parmi nous, en nous et avec nous, de cette présence divine, de cette justice divine.

Bonnes fêtes de fin d’année à vous toutes et à vous tous.

 

Par Laurent Maurin
Avocat à la Cour
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