Moïse Santamaria : celui que rien ne prédestinait à devenir acteur

Moïse Santamaria interprète le flic sympa et intègre de la série quotidienne de France 2 « Un Si Grand Soleil ».
Nous avons rencontré un homme que rien ne prédestinait à être acteur et qui pourtant, s’accomplit en tant que tel.

Interview.

Propos recueillis par
Christine Pugliesi et Manon Lemonnier

Comment le projet de la série « Un Si Grand Soleil » vous a-t-il été proposé ?
Mon agent m’a envoyé deux textes, j’ai passé les essais et assez rapidement on m’a rappelé pour me dire que j’étais pris. Toma De Matteis, le producteur, connaissait déjà mon travail. Il m’a fait lire les 5 premiers épisodes car je voulais voir où j’allais et finalement je me suis lancé.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
La société de production est très sérieuse et Toma De Matteis parlait très bien de son projet : cela m’a mis en confiance.

Comment vous sentez-vous dans « Un Si Grand Soleil » ?
Très bien, de mieux en mieux. Nous formons une belle équipe et je me sens à ma place. C’est important pour moi.

Que pensez-vous de Manu Leoni, votre personnage ?
Il est sympa, c’est un bon gars, un bon flic, un bon pote. Il a ses failles notamment avec sa fille qu’il ne voit pas et il est très pudique.

Lors d’une scène avec Mélanie Maudran, je lui parle de ma fille. J’ai souhaité jouer cette scène avec beaucoup de pudeur : je lui ai dit que ça me faisait souffrir de ne pas voir ma fille au quotidien mais avec le sourire. J’aime beaucoup jouer avec des contresens, cela renforce le personnage. Ce qui m’intéresse c’est ce que raconte la scène et l’état émotionnel qu’elle entraine. J’essaye de jouer le plus simplement et naturellement possible. L’émotion est interne mais transparait à l’écran, sans avoir besoin de verser de larmes.

Cela a été compliqué de quitter Paris pour Montpellier ?
A mes yeux, la qualité de vie est plus importante que le fait d’être à Paris où « normalement » tous les acteurs vivent. Mais ça ne m’empêche pas d’y retourner pour quelques projets. Aujourd’hui, cela fait 6 mois que je suis à Montpellier et je suis bien installé. J’ai toujours été capable de tout laisser du jour au lendemain et de prendre des décisions rapidement.

© Fabien Malot

Le fait de jouer dans une série quotidienne très populaire (environ 4 millions de téléspectateurs chaque soir) a forcément influé sur votre popularité, comment est-ce que vous le vivez ?
Je le vis très bien, très simplement. Je me fais arrêter tous les jours, je reçois beaucoup de lettres de fans, et je vois également sur les réseaux sociaux que les gens m’apprécient. J’essaye de garder les pieds sur terre même si ça me fait plaisir. J’ai la chance de faire un métier qui aujourd’hui me plait. Cela n’a pas toujours été le cas, donc je pense avoir suffisamment les pieds sur terre pour ne pas prendre la grosse tête.

Il existe des métiers qui sont bien plus importants avec un réel rôle social et qui pourtant sont mis de côté. Je pense aux pompiers qui sauvent des vies tous les jours et qui se font insulter ou violenter lors de certaines interventions. Ou aux chirurgiens, aux infirmières, aux éboueurs etc…

Il faut relativiser. Ce n’est pas parce que l’on passe à la télé qu’il faut se prendre la tête. En arrivant à Montpellier, j’ai rencontré beaucoup de gens lors de nombreux événements. Souvent les gens me disent que je suis cool car je tutoie facilement et je suis simple. Je viens d’un milieu populaire, mes parents étaient ouvriers donc je pense avoir un contact facile avec les gens.

Quels sont vos autres projets, en dehors d’« Un Si Grand Soleil » ?
J’étais dans la saison 2 de la série « On va s’aimer, un peu, beaucoup… ». Cela devait être la dernière saison, la série n’étant pas renouvelée à la grande déception des téléspectateurs, des acteurs mais aussi de toute l’équipe de tournage et ce, malgré des taux d’audience assez élevés. Mais il y a une pétition qui circule actuellement pour faire une saison 3.

Je me sens bien actuellement chez France Télévision, donc je ne suis pas spécialement pressé de me diriger rapidement sur d’autres projets.

Votre nom : Moïse Santamaria, est très peu commun. Pouvez-vous nous parler de vos origines ?
Je suis né à Madrid mais je suis arrivé en France à 1 an.
Je parle couramment espagnol car mes grands-parents m’ont gardé lorsque mes parents ont dû fuir le pays pour la France.

Mes parents m’ont eu très jeunes, j’ai un peu été « sauvé des eaux » (rires). Ils sont arrivés à Paris au début des années 80. Nous vivions dans une chambre de bonne à Chatelet-les Halles, puis dans un appartement de 30m2 pour finir en banlieue parisienne à Torcy Noisiel où j’ai grandi.

J’étais un enfant très curieux, un premier de classe mais aussi chef de bande. Je me bagarrais beaucoup et j’ai arrêté très tôt l’école. Cela ne me plaisait pas et je ne savais pas pourquoi je faisais les choses.

Quel a été votre parcours avant de vous lancer dans le métier d’acteur ?
Après avoir arrêté l’école, j’ai fait pleins de boulots : j’ai été peintre en bâtiment, j’ai rénové des appartements, j’ai vendu des fenêtres… J’ai fait énormément de jobs différents pour m’en sortir.
A 19 ans, je me suis retrouvé à la rue, je ne savais pas où aller et surtout où j’allais.

J’avais énormément de colère en moi : me retrouver dans cette situation était compliqué. Paradoxalement, le fait de faire plusieurs métiers très différents m’a aussi énormément nourri : j’ai rencontré des personnes de tous les milieux, des voyous, des gens hauts placés…

© Fabien Malot

Le fait de vivre des situations de vie extrême change ton regard sur l’humanité et sur toi-même. C’est aussi ce qui a fait mes classes d’acteur : j’ai joué plein de rôles dans ma vie.

Quel a été le déclencheur ? Comment vous êtes-vous retrouvé sur les plateaux de tournage ?
Je suis arrivé assez tard dans ce métier, et par « accident ».
A 26 ans, j’ai rencontré la fille d’un acteur qui était convaincue que ce métier était fait pour moi. Elle voulait vraiment que j’aille avec elle prendre des cours de comédie.

J’ai accepté et nous sommes allés au Cours Viriot. J’y ai rencontré Dominique Viriot, le directeur de l’école qui est aussi acteur et professeur de théâtre. Il m’a invité les 6 premiers mois car les cours coutaient très chers et je n’avais clairement pas les moyens. Je devais juste resté assis et regarder le cours. Mais j’avais soif de dire les choses lorsque j’ai commencé à avoir les premiers textes, cela m’a plu de pouvoir m’exprimer, de dire des choses.

C’est là que j’ai eu le déclic ! Moi qui n’avais pas fait d’études, j’ai découvert des auteurs, des pièces de théâtre et cela m’a permis de m’ouvrir au monde qui m’entourait. J’ai rebondi d’auteurs en auteurs, de Camus à Nietzche etc… J’ai suivi ses cours pendant 2 ans et demi. Là,  j’ai appris à me canaliser, à être carré, à faire attention à moi et à ne pas partir en vrille.

A la sortie, j’ai suivi des stages pendant deux ans et demi avec Jack Waltzer, un New-Yorkais qui m’apprenait une autre méthode de travail, plus à l’Actor Studio.

© Fabien Malot

Avez-vous trouvé rapidement votre place dans ce milieu en sortant de cette école ?
Malheureusement non, j’ai à nouveau galéré 2 ans sans travailler.

Finalement je suis parti de la banlieue et je me suis installé à Paris dans un studio avec comme seul métier : serveur. J’avais 30 ans.
Un jour, un ami m’a appelé pour que dire que Samuel Benchetrit cherchait un acteur parlant espagnol et sachant boxer pour un film qu’il était en train de monter. Je suis allé au casting et je leur ai plu. C’était pour le film « Chez Gino » avec Sergi Lopez et José Garcia. J’ai eu une semaine de tournage avec Sergi qui était mon premier partenaire.

J’ai été très heureux de rentrer dans le monde du cinéma mais je gérais mal le salaire qui allait avec et l’hôtel dans lequel on m’avait logé. J’avais l’impression de ne pas le mériter, de ne pas être à ma place.

Puis, j’ai fait énormément de petits rôles : Boulevard du Palais, R.I.S Police Scientifique, Candice Renoir, Section de Recherche, Alice Nevers, Engrenages.

J’ai également travaillé avec Claire Denis sur « Les Salauds » et dans « La Braconne », un film de Samuel Rondière.

A ce moment-là, étiez-vous sûr de vouloir faire ce métier ?
A ce jour, j’ai toujours l’impression que je fais ça à défaut d’autre chose. Je pense que je préférerais raconter des histoires plutôt que de les vivre. Je pense que ce métier va m’emmener ailleurs, je ne sais pas encore quoi, plutôt vers le fait de raconter des histoires via un film ou un livre.

Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière ?
Il y a eu un trou d’un an, en 2015, où je n’ai quasiment rien fait. Je me suis vraiment demandé si j’allais continuer, ce que j’allais faire. Je fais beaucoup de sport, notamment de la boxe, donc je me suis demandé si je n’allais pas ouvrir quelque chose en rapport avec le sport. Cette année a été un vrai moment de remise en question.

Puis j’ai changé d’agent, je suis chez UBBA désormais. Ils m’ont envoyé faire des castings mais je me retrouvais très souvent face à des acteurs de renom, donc ça n’aboutissait pas.

Finalement, j’ai été pris dans la série « On va s’aimer », où j’y ai composé un personnage qui me plait beaucoup et sur « Un Si Grand Soleil » depuis bientôt un an. La saison 2 est d’ores et déjà programmée.

Si vous deviez choisir des réalisateurs ou des acteurs avec lesquels jouer, qui seraient-ils ?
En partenaire masculin je pense à Marlon Brandon car il représente le summum de la fluidité et de la simplicité. Il sait jouer tous les contresens possibles. J’aime également beaucoup Bernard Blier, Jean Gabin, Lino Ventura. En partenaire féminine, je pense à Gena Rowlands et même Brigitte Bardot !

En réalisateur John Cassavetes, j’aurais bien aimé faire partie de son équipe d’acteurs et bosser avec lui. J’aime beaucoup Martin Scorsese, notamment à l’époque de Taxi Driver.  En ce qui concerne le cinéma français : Henri Verneuil et les dialogues d’Audiard. Et l’acteur que j’aime particulièrement est Patrick Dewaere.

© Fabien Malot

Vous connaissez le film « Retour vers le futur », imaginez que vous montez dans la DeLorean du film et vous remontez dans le passé. Vous rencontrez Moïse qui a 10 ans, que lui diriez-vous ?
C’est une question très difficile pour moi mais je pense que je lui dirais de se faire confiance.

Vous remontez dans cette voiture et vous allez en 2040, qu’est-ce que vous aimeriez voir ?
J’aimerais voir autour de moi des gens qui s’aiment. Que je sois autour d’une table avec des gens que j’aime et qui s’aiment et qu’ils soient fiers de ce que j’ai fait.

C’est bien parti non ?
C’est un joli chemin de vie je pense, j’aimerais réussir au moins ça. Cela peut paraitre orgueilleux mais je pense que j’ai une mission à faire, on a tous une mission pour moi. Je pense que je suis au début de ce chemin. Il fallait avant que mes démons soient enchainés dans la cave comme disait Nietzche. Il faut savoir maitriser ses chevaux et je suis aujourd’hui à la place du cochet : mes chevaux sont maitrisés de plus en plus, et j’ai 40 ans heureusement.

 

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