La magie de Noël par Cecyloo

 

LA MAGIE DE NOËL

 

« Je hais Noël… Je suis affalée sur mon canapé, emmitouflée dans mes plaids devant la télé. Une véritable Bridget… »

 

Que personne ne s’avise de me parler de la magie de noël ! C’est seulement une belle histoire pour les enfants ou plus lucidement encore, le premier mensonge éhonté servi sur un plateau or et rouge par les parents à leurs bambins innocents… Ces gosses, alléchés par l’odeur des sapins fraichement coupés, et hypnotisés par les guirlandes multicolores à chaque coin de rue, sont excités comme des puces, tels des acariens dans une échoppe de tapis, et guettent avec une impatience, malheureusement non dissimulée, l’apparition d’un petit flocon de neige ou du gros bonhomme de Coca Cola™ dans le ciel.

Noël, c’est aussi une arrivée en fanfare avec les chansons entêtantes et agaçantes que les institutrices s’acharnent à faire rentrer dans la tête des écoliers à la veille des vacances. Les minces parois de placo ne sont pas un rempart suffisant pour stopper le bruit assourdissant que font mes petits voisins en braillant à tue-tête. Vive le vent, vive le vent d’hiver… Et vive les retrouvailles en famille où la politique, les ragots et les règlements de compte s’installent sans crier gare autour de la table. On n’est bien loin de la joie et de l’amour que voulait le petit Jésus.

Mais au moins, mes voisins de palier ont quelque chose à partager. Je suis fille unique, mon père s’est tiré pour une poupée au décolleté débordant de silicone et ne se rappelle plus de l’existence de sa fille qui a pourtant sensiblement le même âge que la remplaçante de sa mère. Et l’épouse abandonnée s’est envolée vers le soleil des Antilles rejoindre la terre de ses ancêtres, loin de l’humiliation et de la grisaille de la métropole, et par la même occasion loin de moi.

Je déteste Noël, enfin pour être plus précise, je déteste le Noël des années impaires, où mon fils passe le réveillon chez son père dans sa nouvelle famille parfaite. C’est l’histoire du blond de Gad Elmaleh qui rencontre la blonde et qui crée un foyer aussi irréprochable qu’exaspérant. Monsieur et la nouvelle Madame Parfait ont un fils. Comment s’appelle-t-il ? Alain… Et pourtant c’est bien le présent… Depuis la décision du juge, je suis condamnée à être, une année sur deux, seule, complètement seule… À défaut d’être malade, complètement malade mais pourtant bien seule ce soir avec mon désespoir.

J’ai bien testé les réveillons chez les amis où je me sentais comme la pièce en trop dans le puzzle. Noël c’est la fête des familles car on ne peut compter ni sur un pépé rouge bedonnant, ni sur un nourrisson né il y a plus de 2000 ans pour vous apporter un cadeau et du baume au cœur…

 

Je hais Noël… Je suis affalée sur mon canapé, emmitouflée dans mes plaids devant la télé. Une véritable Bridget… Une année maman comblée, une année célibataire éplorée… Mais pas de surprise à la Jones ce soir, au programme, ce sera encore une émission débile spéciale Réveillon, enregistrée à l’avance bien entendu, car tous ces présentateurs endimanchés, ces comiques tentant de faire de l’esprit et ces pintades en talons vertigineux ont eux, bien mieux à faire à cette heure-là… Et ces publicités navrantes, sexistes et ne cachant ces seins que nous ne saurions voir… Comme si un parfum allait nous rendre féline et divine, ou si de voir un homme à poil nous donnait envie d’ouvrir notre porte monnaie… Aberrant… Par contre, ce chocolat a l’air divin… Bien entendu, un tel soir, je ne vais pas me lancer dans la confection d’une dinde aux marrons ni dans les treize desserts de la tradition provençale mais filer à Carrefour acheter un dessert glacé bourré de calories et accessoirement de magnésium fait partie des cordes à mon arc. Je peux le faire et surtout je vais le faire. Le froid n’arrêtera pas une âme désespérée en quête de chocolat ! C’est comme une envie de femme enceinte, irrépressible, immédiate et nécessitant d’être comblée dans les plus brefs délais sous peine de représailles féroces. Au diable le régime, je peux au moins m’offrir un petit plaisir le 24 décembre ! Le pêché de gourmandise me sera peut être pardonné en cet heureux anniversaire du divin enfant.

Lorsque j’arrive dans la grande surface, j’intercepte le regard assassin d’une caissière. La pauvre… Je la comprends… Elle doit avoir hâte de retrouver ses proches pour réveillonner en paix plutôt que servir les retardataires comme moi, qui se pointent quelques minutes avant la fermeture…

Je me dirige à toute vitesse vers le fond du magasin pour rejoindre le coin des merveilles sucrées. Et pourtant, je ralentis l’allure. Les jouets encombrent les allées comme si les lutins du Père Noël avaient bossé comme des forcenés, sans préavis de grève, et n’avaient donc pas eu besoin d’utiliser leurs cartes de fidélité pour réunir la totalité des cadeaux commandés. Je me surprends à regarder ces montagnes de jeux colorés avec les yeux d’une petite fille émerveillée, de même que cette gamine aux beaux cheveux roux qui tient une mallette de peinture comme si c’était le trésor le plus précieux de la caverne aux trésors. J’en viens à regretter ces années, où aussi pure qu’un diamant d’innocence, je savais encore voir la féerie. Mais cela ne dure qu’un bref instant, je traverse l’allée centrale pour rejoindre le rayon où les derniers desserts de Noël m’attendent bien sagement sur les étals.

La petite artiste arrive derrière moi avec sa valise aux merveilles. Sa mère, à n’en pas douter vu l’éclat de sa chevelure, semble guetter la venue de quelqu’un. À défaut du messie, un employé rapplique et commence à coller des étiquettes moins 50% sur les gâteaux et bûches oubliés par la foule. La jeune femme se jette alors à toute vitesse sur la première boîte remisée. Je prends tout à coup conscience que cette pauvre mère ne manque pas d’organisation et n’est pas comme moi une cliente indigne qui fait râler les caissières pour un caprice de dernière minute, mais juste une maman qui attend que le prix du dessert soit à la portée de sa bourse.

Je sens la honte me submerger. Et lorsque les larmes aux yeux, elle demande à sa fille de reposer la mallette contenant les pinceaux car elle ne peut pas lui offrir, je réalise soudainement que j’ai complètement raté mon rendez-vous. Comment ai-je pu l’oublier ?

Je ne prends même pas le temps d’attraper la bûche tant convoitée… Je me précipite… Plus vite que l’éclair… Comme celui de lucidité qui vient de me parcourir…

À ruminer, à ressasser, j’en ai oublié l’essentiel…

Et quand à la sortie du magasin, je vois le sourire de la fillette et les étoiles dans ses yeux quand je lui tends sa valise aux mille couleurs, je sais que c’est le plus beau des cadeaux…

Noël c’est offrir plus que recevoir…

 

Texte : Cecyloo

 

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :