Lydia Fesquet, une femme toute en Nuans

Lydia Fesquet, fondatrice des salons de coiffure montpelliérains Nuans, se livre sur sa vie passée et ses ambitions qui l’ont poussée à créer sa propre marque. En misant sur le bien-être de sa clientèle et son expertise en coloration, les salons Nuans prônent l’authenticité et la transparence.
Portrait d’une femme toute en Nuans.

Propos recueillis par
Christine Pugliesi et Manon Lemonnier


Comment avez-vous commencé ?
Cela peut paraitre étonnant mais j’ai fait des études de stylisme modéliste. Puis j’ai commencé à travailler pour une grande enseigne américaine.

Votre travail était basé à Montpellier ?
A vrai dire mon bureau était chez moi, mais le groupe était basé à Paris. J’ai beaucoup voyagé grâce mon métier, j’étais souvent absente du mardi au vendredi, je passais ma vie dans le train, l’avion, les hôtels.

Que faisiez vous exactement ?
J’étais district manager chez « BCBG Max Azria », je m’occupais de trois pays (France, Suisse, Maroc) et je gérais 14 magasins. Chaque magasin était géré comme une mini entreprise avec ses propres ressources humaines, son chiffre d’affaire, ses réassorts etc… J’ai travaillé 19 ans dans cette entreprise.

Qu’est-ce qui vous a permis de rester aussi longtemps dans ce métier ?
Comme je le dis chaque fois, j’ai beaucoup fonctionné aux tripes ! Ce fut une vraie aventure humaine, notamment grâce aux femmes que j’ai choisies pour travailler dans les magasins.

J’ai beaucoup aimé ce métier, car je suis quelqu’un d’indépendant et j’ai eu ma vie de femme, je me suis épanouie dans ce job qui m’a fait grandir. La semaine était consacrée à mon métier et le week-end je retrouvais ma vie de famille, avec mon fils et mon mari, mais cela demandait toute une organisation !

Vous avez un fils ?
Oui j’ai un fils qui s’appelle Sacha qui a 16 ans aujourd’hui. Il a été habitué à ce que sa mère voyage, cela en a fait un enfant ouvert, autonome et indépendant. J’ai toujours réussi à allier les deux, vie de famille et travail et à être épanouie dans les deux. J’ai réussi à bien le gérer notamment grâce à mon mari qui a toujours été disponible. Il m’a beaucoup inspiré et aidé à construire ma vie de famille et ma vie professionnelle. Nous avons fini par nous allier pour créer Nuans, notre concept de salon et nous travaillons ensemble aujourd’hui.

Si votre métier vous plaisait tant, pourquoi avoir arrêté ?
Mon fils devenait adolescent et je voulais être avec lui à ce moment de sa vie.
C’est aussi un job où on te presse un peu comme un citron : on te demande beaucoup de chiffre d’affaire, de gros volumes avec une pression constante où tu ne fermes jamais le rideau. Je travaillais chez moi très tard. Mais, au bout d’un moment il faut que ça s’arrête, j’ai donc fait un choix pour ma famille et j’avais envie de me retrouver chez moi. J’avais envie de passer à autre chose.

Cela n’a pas été trop dur de quitter votre ancien travail pour vous lancer dans l’inconnu ?
Si très. Il a fallu que je quitte un super job où j’étais à l’aise, où tout le monde me faisait confiance, où j’avais une vraie crédibilité. Mais en même temps, j’ai été très émue de voir que les directrices que j’avais placé chez BCBG m’aient accompagnées dans mon projet. Elles sont venues le jour de l’ouverture de Nuans, avec des fleurs et cela m’a beaucoup touché. J’y ai vu une reconnaissance humaine incroyable. Le dernier mois a été très dur car chaque visite que je faisais pour dire au revoir se finissait par des pleurs. Même financièrement, j’étais totalement indépendante et là je me lançais dans un univers que je ne connaissais pas, sans savoir si cela allait réellement fonctionner.

Mais quand j’ai ouvert Nuans et même si je ne la ramenais pas, j’avais confiance en moi. Car je pense que lorsque tu es passionnée, que tu aimes ce que tu fais et que tu es pro, tu ne peux pas te planter. J’avais comme idée que le positif ne pouvait attirer que le positif et je partais gagnante.

Comment vous est venue l’idée de créer Nuans ?
Mon mari Nicolas est dans la coiffure depuis 20 ans, et a déjà eu deux salons dont un à Paris et un à Montpellier. J’ai toujours travaillé avec lui mais dans l’ombre.

Je lui ai toujours dit que le jour où j’arrêtais mon job, j’aimerais vraiment qu’on allie nos compétences : mon côté commercial et développement avec son expérience avec la clientèle.

Je trouvais qu’il manquait à l’univers de la coiffure un concept de salon plus personnalisé, plus attentif envers sa clientèle. Pour moi il manquait une personne qui prend en charge la cliente du début à la fin afin de ne rien laisser au hasard et d’être vraiment disponible pour la cliente.

Donc vous, vous ne coiffez pas ?
Non, je ne suis pas là pour ça, ce n’est pas mon job. Même si dans le cadre de l’ouverture de Nuans, j’ai fait des formations, notamment chez l’Oréal, et j’ai été stagiaire 6 mois dans le salon de mon mari, Impasse Barnabé.

Au-delà du service client, quelle est la différence qu’apporte Nuans par rapport aux autres salons ?
Notre différence se fait par l’expertise en coloration. Aujourd’hui 85% des femmes se colorent les cheveux. Nous sommes fiers de dire que nous sommes experts en coloration capillaire, mais nous prenons aussi un risque car il faut assurer, nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Nous sommes également multi-marques, ce qui n’existe pas dans d’autres salons, l’idée étant de prendre le meilleur de chaque marque.

Comment est née cette idée de salon très proche de sa clientèle et expert en coloration ?
Nicolas et moi suivions depuis longtemps Christophe Robin qui est un des meilleurs coloristes. Et puis un jour, la vie a fait qu’on s’est trouvés au bon endroit au bon moment.

Nous sommes montés à Paris pour le salon de la coiffure où j’ai découvert l’univers de la coiffure. Malheureusement j’y ai vu tout ce que je ne voulais pas, cela ne correspondait pas du tout à l’idée que je me faisais de mon futur salon. Je voulais vraiment emmener la coiffure dans mon univers.

Qu’avez-vous fait après ?
Etant sur Paris, nous avons tenté de voir Christophe Robin avant de repartir. Nous avons réussi à le rencontrer, nous lui avons expliqué notre projet et il a adoré l’idée.

Nous sommes repartis avec tous ses produits à tester, et avec l’exclusivité en salon sur Montpellier. Il nous a beaucoup fait grandir, car il a toute une philosophie de produits naturels, sans sulfates, sans parabens.

Salon Nuans – Place de la Comédie

Comment s’est construite l’image de marque de Nuans ?
Nous avons fait faire un « repère de marque » qui nous a permis de définir qui nous voulions être, à qui nous voulions nous adresser. Cela nous a pris un an de créer la philosophie de Nuans et son univers.

A quel type de clientèle vous adressez-vous ?
Chez Nuans, il y a des vrais moments de filles. De plus j’ai une clientèle hétéroclite, par exemple une infirmière va se retrouver à côté d’une avocate, elles vont échanger… Il y a une vraie vie au sein du salon. Certaines clientes viennent de Barcelone, de Perpignan… Nous avons envie d’être là pour elles, de leur rendre ce qu’elles nous donnent humainement parlant.

J’ai été éduquée dans une entreprise américaine avec une vraie culture du « guest » : l’idée est que la cliente qui rentre chez Nuans passe le meilleur moment de sa journée quoi qu’il se passe dans sa vie… On veut qu’elle se déconnecte à travers notre bulle, qu’elle en ressorte boostée en se disant qu’elle a passé un moment unique où tout le monde était sympa et s’occupait d’elle et en se disant qu’elle est belle.

Salon Nuans – Marché du Lez

Quel est votre rôle dans le salon ?
Je suis là pour mes clientes, et je me dois de donner la même attention à chacune d’entre elle. Je dois savoir aborder différents sujets, être dans la finesse, dans l’approche sans être dans la curiosité, dans l’intérêt de la personne. Tout ça demande beaucoup d’énergie.

J’essaye d’instaurer avec mon équipe une ambiance familiale mais sans être familiers. Rester dans la convivialité et la bienveillance.
J’ai fait de très belles rencontres et je suis riche de ça.

Vous êtes plutôt au salon de la Comédie ou au Marché du Lez ?
Je suis essentiellement à la Comédie, même si j’aimerais être plus souvent au Marché du Lez. Mais la priorité là-bas est de recruter un autre coiffeur et le deuxième objectif est de recruter une personne comme moi, qui serait là exclusivement pour le bien-être des clientes.

Avez-vous déjà envisagé d’aller plus loin que la coiffure ?
Beaucoup de clientes me posent cette question et notamment en me parlant de déco car la décoration dans les salons plait énormément.
On m’a beaucoup demandé de faire du relooking aussi, ce que je fais déjà à ma façon : je propose des sacs à mains et des bijoux. Un jour je proposerais des vêtements…

Aujourd’hui le salon Nuans commence à avoir une belle notoriété.
Oui. Notamment grâce à nos prestations qui se veulent dans l’air du temps, par exemple des ombrés hair, des reflets naturels, du coiffé décoiffé qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs.

La disposition du salon est assez originale, quel était le but ?
Je ne voulais aucune cliente côte à côte mais face à face afin de faciliter les échanges et que cela soit très convivial.

Comment se déroule un moment chez Nuans pour une cliente ?
Nous avons une pièce conseil où nous faisons connaissance avec la cliente pour savoir ce qu’elle veut et ce qu’elle vient chercher chez nous. Nous effectuons un diagnostic. Et si je sais que le souhait de la cliente n’est pas faisable pour le moment, je n’hésite pas à refuser et je lui dis de revenir ultérieurement afin qu’elle puisse avoir le résultat escompté.

Nous prônons la transparence et notamment à travers le devis. Dès que la cliente sort de cette pièce, elle sait exactement pour combien elle en a. Il n’y a pas de questions pièges au bac, pour moi cela engendre un sentiment de confiance.

Salon Nuans – Marché du Lez

La transparence du prix va avec la transparence du savoir-faire et du savoir-être.

Une de nos forces aussi est que nous proposons tous les services à la carte. Pas de « shampoing coupe brushing » obligatoire chez nous. Nos clientes peuvent très bien se sécher les cheveux seules si elles le souhaitent, nous avons aménagé un emplacement dans le salon où tout est libre d’accès, elles peuvent tester les produits et les accessoires. Au départ, cela peut gêner mais c’est aussi ma force d’amener des choses atypiques. Elles font comme à la maison et elles aiment ça, personne ne les oblige à avoir un brushing si elles ne le souhaitent pas.

Lydia et son mari, Nicolas, dans leur salon de coiffure Nuans

La complémentarité avec Nicolas s’est faite facilement ?  Car travailler avec son mari est souvent compliqué.
Oui et non car au final, nous n’avons pas longtemps travaillé ensemble : quand j’ai ouvert Nuans, il avait encore son salon. J’ai tout de même été aidée par Nicolas car il est très bon gestionnaire et a une approche différente de la mienne.
Aujourd’hui, après 2 ans, je suis passée à l’étape supérieure : pérenniser ce savoir-faire, ces résultats, cette renommée et surtout ce qu’on vient chercher chez Nuans.

Mais nous nous remettons constamment en question : nous recherchons les nouvelles tendances, les nouvelles couleurs etc.
Je suis très fière de mon équipe aussi, il n’y a pas de turn over, ils font un travail exceptionnel et cela permet la cohésion.

Projetez-vous d’ouvrir d’autres salons ?
Bien sûr, nous souhaitons développer Nuans, même s’il existe déjà deux salons : celui de la Comédie, classique et intimiste, et celui du Marché du Lez, plus bobo et branché.

Nous aimerions ouvrir Nuans dans d’autres villes, comme Lyon par exemple car j’aime cette ville et son mode de vie. Nous allons y aller doucement step by step comme j’aime à dire.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :