LA MALADIE D’ALZHEIMER : UNE FATALITÉ ?

Nous avons rencontré le Professeur Jacques Touchon, spécialiste de la maladie d’Alzheimer.

Ayant une formation de psychiatre, neurologue et gériatre, ces trois spécialités ont orienté son activité même s’il a exercé officiellement comme neurologue. 

Dès le départ, lors des rencontres avec ses patients, il a été ému par ces personnes qui vieillissent et qui gardent leur dignité et leur place dans la société. 

C’est ce respect, ce regard qui lui ont permis de prendre ce chemin. 

Dès lors le sujet d’Alzheimer est devenu central notamment au niveau de son activité de recherche.


Les signes avant-coureurs de la maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer est due à la dégénérescence de certains neurones. Ces neurones vont commencer à mal fonctionner, à réduire leurs contacts avec les autres puis ils vont mourir. Cette réduction du fonctionnement a des conséquences à la fois sur le plan cognitif (intellectuel) mais aussi au niveau du psychisme et du comportement. 

Au début de la maladie, ces lésions vont entrainer des troubles de la mémoire, du langage (la difficulté à trouver les mots justes), des troubles de l’orientation dans le temps et l’espace, des troubles de l’attention et enfin des troubles des fonctions exécutives (prise de décision, évaluation des conséquences de nos actes etc.)

Plus on vieillit, plus il est difficile d’effectuer deux taches en même temps par exemple. Un adolescent est capable de marcher dans la rue tout en discutant avec ses amis et manipuler son téléphone. En revanche, deux personnes âgées qui se promènent dans la rue s’arrêtent si elles veulent parler. En effet, l’énergie cognitive nécessaire pour la marche (être attentif où l’on met ses pieds, faire attention aux obstacles) est telle que l’on ne peut pas faire deux choses en même temps. 

Tous ces signes cognitifs sont associés à d’autres signes psychologiques : l’irritabilité, l’apathie, l’isolement, le désintérêt.

Cet ensemble de petits signes psychologiques est à tort souvent considéré comme de la dépression mais ils peuvent les signes d’une maladie d’Alzheimer d’autant qu’au départ, ces troubles sont très discrets.

La fabrication de la mémoire

Un événement est perçu, analysé et ensuite les hippocampes (situées derrière les oreilles dans la partie profonde du cerveau) fabriquent une trace. Cette trace risque de s’effacer si on ne revient pas sur l’événement. Plus on revient sur l’événement, plus la trace est solide : c’est le souvenir.

Les malades se souviennent plus facilement de leur enfance que de ce qu’il s’est produit quelques jours ou quelques heures auparavant. Cela s’explique de cette façon : si l’on a pensé souvent à un souvenir d’enfance, il restera. Alors qu’un souvenir auquel nous avons peu pensé parce qu’il s’est déroulé il y a peu de temps va s’effacer.

C’est la raison pour laquelle, nous avons le sentiment que les personnes âgées radotent ! Elles racontent toujours la même histoire car c’est la seule chose dont elles se souviennent. 

En vieillissant, la possibilité de fabriquer des traces diminue et si on n’y revient pas, elles s’effacent encore plus dans la maladie d’Alzheimer qui est une exagération de ce qu’il se passe dans le vieillissement normal.

Voilà un exemple : un professeur d’allemand de 86 ans donne un cours particulier à deux élèves. Il n’a pas oublié la façon d’enseigner ni les règles pédagogiques. Mais à la fin de la matinée, il demande à son épouse : « mes élèves ne sont pas venus ce matin ? ». Il avait oublié qu’ils étaient venus mais pas la langue allemande qu’il avait étudié pendant de nombreuses années.

Un autre exemple : un jour, un monsieur atteint de la maladie d’Alzheimer dit à son docteur : « ma femme m’a obligée à venir chez vous mais j’ai plus de mémoire que vous ! Pouvez-vous réciter par cœur tout le poème de Victor Hugo Oceano Nox ? » Il récite alors une dizaine de vers. Le médecin lui répond : « très bien mais faisons tout de même des tests de mémoire ». Il réplique alors : « mais voyons, Docteur, j’ai plus de mémoire que vous ! Pourriez-vous réciter par cœur le poème de Victor Hugo Oceano Nox ? » Il avait oublié qu’il venait de réciter le poème !

Le régime méditerrannéen protecteur contre la maladie d’Alzheimer

Des travaux ont montré que le régime méditerranéen est protecteur (à base de fruits et de légumes, d’huile d’olive, peu de viande rouge, peu de sucres rapides, peu de graisses et de sel).

L’adjonction d’oméga 3 présente dans l’huile de foie de morue, les poissons gras etc. est également bénéfique.

Les différentes mémoires

Nous pouvons distinguer la mémoire à court terme et la mémoire à long terme. La mémoire à court terme est la possibilité de retenir des éléments pendant au moins deux minutes. Au-delà de deux minutes, nous sommes dans le long terme. Une personne atteinte d’Alzheimer pourra répéter trois mots. En revanche, deux ou trois minutes plus tard, elle en sera incapable car elle n’aura pas fabriqué la trace. La mémoire long terme est lorsque la trace est fabriquée.

On distingue aussi la mémoire épisodique et la mémoire sémantique. La mémoire épisodique est celle qui est atteinte au début de la maladie : c’est la mémoire des épisodes de notre vie : ce que j’ai fait hier ou avant-hier. La mémoire sémantique est celle des connaissances générales.

Par exemple : nous sommes le 18 juillet. Si je dis à un malade : « qu’avez-vous fait le 14 juillet ? » : je lui demande quels ont été les épisodes de sa journée, ce qu’il a fait. Le malade ne va pas s’en souvenir.

Par contre si je lui demande ce qu’est le 14 juillet, cela ne concerne pas les épisodes de sa vie mais sa culture générale. Le malade pourra dire que c’est l’été, la prise de la Bastille, la fête de la République. Tout ce qui englobe le concept du 14 juillet.

Et enfin, la mémoire procédurale : c’est celle qui concerne les mécanismes qui nous permettent d’effectuer une tâche habituelle comme celle de faire du vélo par exemple, écrire, s’habiller, boutonner un bouton, lacer les chaussures. Cette mémoire est très solide et elle n’est touchée qu’en fin d’évolution de la maladie d’Alzheimer. 

Les facteurs de risques de la maladie d’Alzheimer

Il est important de les connaitre car cela permet d’établir des stratégies de prévention. 

Le premier facteur de risques est l’âge : plus on vieillit, plus le risque est important. Cette maladie prend une importance capitale aujourd’hui dans notre société car la population des pays occidentaux est vieillissante et donc le nombre de patients augmente. 

Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de maladie d’Alzheimer chez les personnes jeunes. La plus jeune patiente que le Professeur Touchon a traitée avait 29 ans. Elle souffrait d’une forme génétique de la maladie. Cela concerne 1% des cas.

Les chercheurs ont également constaté que les femmes étaient plus touchées que les hommes.

Et il existe de nombreux autres facteurs : le bas niveau d’éducation, le bas niveau d’activité intellectuel, le bas niveau d’activité sociale, le bas niveau d’activités physiques, les facteurs de risques vasculaires (tabac, obésité, cholestérol, hypertension, diabète). Ils favorisent tous la survenue de la maladie d’Alzheimer.

 

L’espérance de vie

Une fois le diagnostic établi, l’espérance de vie est entre 8 et 10 ans.

Mais l’élément essentiel est plutôt la qualité de vie. 

Si lors des premières années, le patient peut parvenir à « compenser » avec les méthodes de prévention, il peut rester actif. Même lorsque la maladie est installée, la stimulation permet de maintenir le plus longtemps possible l’autonomie du malade. 

Il faut savoir que cette maladie n’est pas la maladie d’une personne isolée : elle touche toute la famille. Les aidants naturels sont souvent épuisés physiquement et psychologiquement. Et le moment le plus dramatique est lorsque le malade ne reconnait plus son conjoint ou ses enfants. Cela ne signifie pas que tout est fini. La relation peut persister jusqu’au bout. 

Le toucher-massage, comme mettre la main sur la joue d’un malade en parlant doucement, est une façon de rentrer en contact même s’il est atteint à un stade très évolué. Il va pouvoir répondre à cette communication-là.

La recherche

Les diagnostics de la maladie peuvent être faits 10 à 15 ans avant que les premiers signes apparaissent. 

Cependant, il n’existe pas aujourd’hui de traitement curatif et il est inconcevable de dire à quelqu’un que son cerveau a des lésions d’Alzheimer car cela ne servirait à rien sinon à l’angoisser. 

Même si la recherche n’a pas encore trouvé encore de traitement curatif efficace, elle évolue tout de même dans le bon sens. Des pistes ont été définies et elles seront peut-être positives. Les chercheurs travaillent dans ce sens.

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