La chronique de Florian Mantione : Job Speed Dating

Florian Mantione – Job Speed Dating

La salle est prête. Les tables sont bien rangées et forment un grand U. Six tables par côté soit dix-huit tables. Derrière chaque table, un grand panneau pour afficher des informations, pour attirer l’œil, pour séduire. Derrière chaque table, une chaise. Une seule chaise. Sur la chaise, une personne, un homme ou une femme, bien habillé(e), le sourire aux lèvres, le regard direct. Neuf hommes et neuf femmes sont assis et patientent. La parité est respectée. Sur la table, quelques documents, mais pas trop. L’éclairage est légèrement tamisé. Ainsi en ont décidé les organisateurs. La musique, car il y a une musique, est légèrement entraînante, mais le son n’est pas très élevé. La musique apporte juste une touche décalée et inhabituelle pour ce genre de manifestation. Ainsi en ont décidé les organisateurs. Sur le côté est prévu un coin rafraîchissement. Des sodas, des jus de fruit et de l’eau. Pas d’excès. Du sobre, du fonctionnel. Ainsi en ont décidé les organisateurs.

A l’entrée de la salle se trouvent deux des organisateurs, un homme et une femme. Costume stricte et cravate pour l’homme, tailleur avec petit chemisier blanc pour la femme. Dans leurs mains, deux feuilles contenant chacune une liste de noms. Aucune fébrilité dans leur comportement, plutôt de la détermination, un calme savamment maîtrisé.

L’heure d’ouverture des portes approche, et dans la salle aucune nervosité ne se fait sentir. Au contraire, tout le monde semble prêt pour le démarrage. Il faut dire que l’enjeu est de taille car il s’agit d’un «job speed dating» consacré aux commerciaux, aux vendeurs. L’objectif de cette manifestation consiste à organiser des rencontres « brèves » entre des employeurs et des candidats. Apparemment, rien de bien nouveau, que du classique…

Pourtant, les organisateurs en ont décidé autrement et ont prévu un scénario peu banal.

Une cloche retentit. Oui, une véritable cloche est activée par un des organisateurs, et le son joyeux qui en sort entraîne un sourire communicatif parmi les présents et annonce le prélude à un fol après-midi.

Les portes s’ouvrent et laissent pénétrer les premiers visiteurs aux cheveux grisonnants, à l’embonpoint rassurant, et à la démarche nonchalante. Ils prennent une feuille que leur tendent les deux organisateurs situés à l’entrée, l’examinent attentivement, jettent un coup d’œil circulaire en s’attachant à décrypter les visages derrière les tables, regardent de nouveau la liste, semblent hésiter un instant puis, d’un pas décidé, se dirigent vers une table.

On devine un contact courtois, on perçoit une poignée de mains franche et on imagine les premiers mots de l’entretien. Ils concernent sûrement une présentation réciproque qui s’appuie sur des documents que montre le visiteur ou qu’expose la personne assise, grâce au panneau situé derrière elle.

A l’entrée de la salle commence à se former une petite queue due au contrôle succinct mais rigoureux des présents. Une joyeuse animation ponctuée d’éclats de rire, de sourires complices, de tapes sur les épaules.

Chaque nouveau venu procède de la même manière : coup d’œil circulaire, examen de la liste remise à l’entrée, puis choix de la table libre. Mais très rapidement, les binômes se créent et, de part et d’autre, les tables se remplissent.

Les dix-huit tables sont désormais occupées et les conversations vont bon train. Un léger brouhaha envahit la salle et comble d’aise les organisateurs omniprésents. Quelques queues commencent à se créer devant certaines tables, permettant des échanges entre les personnes qui patientent dans une ambiance de bon aloi.

Il est prévu neuf minutes par entretien. Pourquoi neuf ? Nul ne le sait, mais bientôt tous respecteront cette règle imposée et acceptée. Un ballet informel se met en place. Les uns se lèvent. Les autres s’assoient. D’autres déambulent. Certains, debout, échangent des informations. On montre du doigt quelques tables. On note fébrilement des impressions, des recommandations. On commence à classer des cartes de visites, des CV, de la documentation. 

Les organisateurs avaient prévu une quarantaine de visiteurs, et il semble que les objectifs soient atteints. En moyenne, il n’y a qu’une personne qui patiente debout pendant que se déroule chaque entretien.

Les minutes défilent et les entretiens s’enchaînent. A voir les mines réjouies des visiteurs et des dix huit personnes assises derrière leur table, la manifestation semble être un succès.

La table des rafraîchissements commence, elle aussi, à attirer du monde. Et c’est là que les confidences s’expriment le mieux. En effet, les dix-huit personnes assises sont des orpailleurs de talents. Et les visiteurs aussi. Les dix-huit personnes sont avides de découvrir des pépites. Et les visiteurs aussi. Les dix-huit personnes attendent beaucoup de ces entretiens. Les visiteurs aussi.

L’après-midi se déroule tranquillement. Certains visiteurs commencent à partir, la mine satisfaite. Les dix-huit personnes derrière leur bureau sont un peu plus avachies sur leur chaise. Tout va bien.

Au micro, l’un des organisateurs annonce que les portes vont bientôt fermer et qu’il faut mettre fin aux entretiens. Chacun s’active. On se quitte. On se congratule. On se sourit. On semble radieux.

Les dix-huit personnes se lèvent et se dirigent vers la table aux rafraîchissements. Elles semblent heureuses et discutent, le verbe haut et les gestes amples. Elles prennent un verre et se rassoient toutes ensemble.

C’est l’heure du bilan : combien de contacts ? Combien de bons contacts ? Degré de motivation des visiteurs ? Dates de disponibilité ? Intérêt des propositions ? Nombre de rendez-vous pris ? Nombre de visites prévues en entreprises ?

Chacun dispose d’un véritable tableau de bord avec des colonnes, des noms, des chiffres, des couleurs fluorescentes…

Une conclusion générale s’impose : il s’agissait d’une bonne cuvée. Les visiteurs étaient d’un bon niveau. Ces employeurs étaient décidément d’un bon niveau. Et pas n’importe quels employeurs ! C’étaient des chefs de PME attachant vraiment de l’importance à la fonction commerciale dans leur entreprise, et qui étaient venus là découvrir leurs futurs potentiels collaborateurs commerciaux. Ils n’avaient pas délégué cette mission à leur directeur commercial ou à leur Responsable des Ressources Humaines. Les entretiens furent donc plus concrets. Les dix-huit candidats commerciaux avaient eu, face à eux, des interlocuteurs motivés…, les véritables décideurs !

Les organisateurs viennent prendre part au débriefe final. Eux aussi ont ressenti une plus grande motivation que lors des précédents «job speed dating». Leur analyse est la même car les propositions sont plus intéressantes quand elles sont défendues par les chefs d’entreprise eux-mêmes. Et les dix-huit candidats ont été incisifs et exigeants vis-à-vis des employeurs. Ceux-ci ont vraiment été obligés de déployer des trésors d’ingéniosité pour intéresser les candidats et les séduire. Certains par la rémunération, d’autres par les avantages en nature, par les produits à vendre, par les moyens mis à leur disposition, par les responsabilités.

Oui, une bien belle cuvée et un beau concept. C’étaient enfin les candidats qui jouissaient de l’opportunité de sélectionner leur employeur…


Chronique écrite par Florian Mantione, Fondateur du Florian Mantione Institut, conseil en ressources humaines.

 

Florian Mantione

Florian Mantione
Conseil en ressources humaines

 

 

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