Hélène Degy : Entre théâtre et petit écran

Après de nombreuses expériences au théâtre, Hélène Degy jongle aujourd’hui entre plateaux de petit écran et scènes de spectacle.
Mise en lumière dans la série montpelliéraine « Un Si Grand Soleil », elle se confie à La Vida.

Propos recueillis par Christine Pugliesi et Lola Thierry


Comment êtes-vous arrivée sur la série « Un Si Grand Soleil » ?
Au départ, j’ai passé un casting pour le rôle de Claire Estrela (tenu par la belle et talentueuse Mélanie Maudran). Ils ne m’ont pas retenue pour le rôle mais ont apprécié mes essais et six mois plus tard, ils m’ont proposé le rôle de Gaëlle Lestrac.

Pourquoi l’avez-vous accepté ?
J’ai rencontré Olivier Szulzynger, l’auteur principal de la série, qui m’a parlé du personnage. Il m’a dit que c’était une super flic, une nouvelle lieutenant qui allait arriver dans le commissariat, qu’elle aurait une histoire d’amour avec Alexandre Levi, son collègue, et qu’il lui arriverait sans doute plus tard « des trucs louches ». Je me suis engagée pour jouer Gaëlle Lestrac en ne sachant que cela.

Ce qui m’a plu en autres choses, c’est la nouveauté : je n’avais évidemment pas vu d’images, la série n’avait pas encore été diffusée. C’était aussi la première fois que l’on me proposait le rôle de flic à la télévision et je trouvais que c’était un beau challenge. Gaëlle Lestrac est sportive, moi aussi, et le fait qu’ils m’aient communiqué l’envie de travailler avec moi, qu’ils me fassent confiance m’a également plu. Je trouvais qu’il y avait une belle énergie dans ce projet proposé. Et je n’avais jamais fait de quotidienne.

Votre personnage dans la série s’est arrêté, pourtant tout le monde l’aimait…
Je continue à recevoir des témoignages de personnes qui suivent la série et me demandent si elle ne peut pas revenir… Je ne savais pas du tout ce que Gaëlle ferait à Montpellier au delà de cette histoire d’amour lorsque j’ai commencé le tournage. Quand j’ai pris connaissance de ce que les auteurs avaient décidé pour elle, j’ai essayé malgré tout de défendre le personnage au maximum ! Je n’avais pas envie que l’on puisse imaginer que je ne sois pas réellement tombée amoureuse d’Alexandre. Pour moi, c’était une femme très saine, solaire, amoureuse… avec des valeurs, en plus d’être une super flic ! Il a fallu que je lui crée d’autres bases, telles que : elle a perdu son papa qui est le grand amour de sa vie, et tant que cela n’est pas résolu, elle ne peut toujours pas avancer dans sa vie. Je me suis dit que cela « devait » arriver, elle ne pouvait pas faire autrement malgré tout ce qu’elle avait construit jusqu’à présent.

En tant que comédienne, aviez-vous envie de continuer ?
Oui, mais je savais déjà que mon personnage ne jouerait que trois mois.
Humainement j’ai adoré, il y a une vraie famille sur le tournage et j’ai eu l’impression d’être une récurrente parmi les autres.
Ce que je trouve chouette aussi, c’est que c’est une série chorale, la lumière se pose sur un personnage, puis sur un autre…
Ce n’est pas prévu que je revienne… mais peut-être… ou dans très longtemps alors, vu le chamboulement que Gaëlle a fait !

Dans « Un Si Grand Soleil », 4 millions de personnes vous ont vue tous les jours. Vous devez avoir de belles retombées au niveau professionnel.
Avec le téléfilm « Les Ombres du Passé » de Denis Maleval et la série « Un Si Grand Soleil », les retours se sont accumulés ces derniers temps.
Professionnellement, je pense que les gens regardent et j’ai plutôt de bons retours, cela fait toujours plaisir.

Avez-vous gardé des contacts avec l’équipe d’Un Si Grand Soleil ?
Carrément ! On se donne des nouvelles, il y a des amitiés qui ont commencé à naitre. Les comédiens, les réalisateurs, l’équipe presse sont venus me voir au théâtre à Paris, c’est hyper touchant. J’espère que je les retrouverai sur d’autres plateaux.

Vous faites beaucoup de théâtre : vous avez une pièce en cours, pouvez-vous nous en parler ?
C’est une adaptation de la nouvelle « La Peur » de Stefan Zweig, que l’on joue jusqu’à fin avril. J’y serai du 14 mars au 14 avril, par exemple, car j’y joue en alternance. Ce qui me permet de tourner pour la télévision en parallèle.

C’est une pièce grâce à laquelle j’ai été nommée aux Molières en 2017 dans la catégorie « révélation féminine ». Nous avons fait beaucoup de dates de tournées : je pense que nous en sommes à la dernière exploitation puisque cela fait cinq ans que nous l’avons créée. La pièce s’est jouée plus de 400 fois.
C’est un rôle en or, un challenge à remplir à chaque fois. Dans la nouvelle, l’histoire se passe dans les années 1930, mais notre metteur en scène, Elodie, a adapté la pièce dans les années 1950. Elle a choisi une ambiance hitchcockienne, c’est un « thriller amoureux ».

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez été nommée aux Molières ?
C’était incroyable ! Avec tous les messages que je recevais, j’avais l’impression que c’était mon anniversaire ! (rires). C’est complètement fou de vivre ça !
Je n’ai pas eu le Molière au final… les trois filles en face de moi étaient si exceptionnelles, c’était donc déjà un honneur pour moi d’être parmi elles.
J’ai eu un trac fou pendant la cérémonie, c’était stressant et dingue à la fois !

Avez-vous d’autres projets en cours ?
Je tourne actuellement et pour cinq semaines pour un premier rôle dans un téléfilm, qui sera diffusé sur France 3 dans « L’Archer Noir », réalisé par Christian Guerinel.
C’est un vrai duo de flics avec Laurent Ournac. Cette fois-ci c’est l’armée de terre et la gendarmerie. C’est un très beau rôle. On tourne à Marseille et à La Ciotat.

Aimeriez-vous faire du cinéma ?
J’adorerais. Je n’en ai pas encore eu l’occasion : Je n’ai pas vraiment eu accès à cette famille là pour le moment.

C’est compartimenté ?
Un peu. Mais cela dépend des rencontres de la vie. Tout peut arriver, à n’importe quel moment. Avant, on me disait souvent qu’une femme de plus de trente ans qui n’a jamais tourné au cinéma ne pouvait plus y accéder, mais je n’y crois pas, ou plus en tout cas. On n’est plus du tout dans une ère de « starification » comme à l’époque des débuts d’Isabelle Adjani où on cultivait le culte de la nouvelle comédienne du cinéma français. J’ai l’impression qu’aujourd’hui on fait le métier différemment, même si cela existe toujours un peu.

Avec qui rêveriez-vous de tourner ?
J’ai un gros penchant pour le cinéma de Maïwenn : un cinéma de réalisatrice engagée, qui va au cœur des choses. Je suis assez sensible à cela.
Mais pas que : Dany Boon, par exemple, a bercé mon enfance, mon adolescence, et je suis Chti… c’est quelqu’un avec qui j’aimerais beaucoup travailler. Je l’ai rencontré rapidement aux Molières, c’était drôle de pouvoir lui dire tout cela ! Une femme du Nord, à l’accent chti, dans une comédie, quel bonheur ce serait ! (Rires)
J’adore autant quand il y a un sujet, un fond, un engagement, un coup de point, que lorsque c’est une super bonne comédie qui donne la patate, la joie de vivre !

Comment avez-vous eu envie de faire ce métier ?
J’étais une grande timide introvertie. A cinq ou six ans, ma mère m’a dit que j’allais faire du théâtre. Je lui avais demandé ce qu’était le théâtre et elle m’avait répondu que c’était là où j’allais pouvoir me déguiser car elle avait bien vu que j’aimais ça !
J’ai eu une sensation folle dans le ventre : une fois sur scène, toute ma timidité partait, j’avais l’impression d’avoir un « super pouvoir » ! Alors que des années plus tard, en revoyant les vidéos, je me cachais derrière mes cheveux, les bras croisés. Mais de l’intérieur c’était une sensation de rayonnement total, quelque chose que je ne me permettais pas dans la vie. Je n’ai pas voulu démordre de cette sensation : toute ma scolarité j’ai « exigé » à mes parents qu’il y ait du théâtre dans mon établissement pour pouvoir jouer et créer des spectacles.
Je suis arrivée à Paris à 18 ans, j’ai fait un conservatoire d’arrondissement et j’ai préparé les Grandes Ecoles Nationales. C’est comme cela que j’ai été reçue à l’ENSATT à Lyon.

Que se passe-t-il ensuite ?
Je reviens à Paris, et je décroche tout de suite un agent. Je tourne assez vite pour la télévision. Pendant cinq, six ans environ, jusqu’en 2010, je tourne souvent dans des séries policières, des très beaux téléfilms d’époque…
Après, c’est plus le théâtre qui a pris le relais, et maintenant c’est à nouveau l’image qui revient. Je travaille entre le théâtre et la télévision, une grande chance de pouvoir faire les deux.

Je vais poser une question que j’aime beaucoup et que je pose à tout le monde : vous montez dans la DeLoréane du Retour vers le futur, vous remontez dans le temps et vous voyez Hélène qui a dix ans. Que lui dites-vous ?
« Tu vois, il n’y a pas d’inquiétude ». C’est une phrase que je pourrais me dire encore d’ailleurs ! C’est ce qu’il faudrait se dire dans les moments de doute. « Que tout va bien se passer ».

Vous remontez dans la voiture et vous allez en 2040. Qu’aimeriez-vous voir ?
Je ne pense pas être grand-mère ! (rires). J’imagine ma vie personnelle évoluer, qu’il y ait une famille. Et ma vie professionnelle dans la même lancée, comme si ce n’était que le début tout le temps ! (rires). Le cinéma fait partie de mes rêves d’enfant.
Sinon, je me vois continuer comme aujourd’hui : vivre des aventures complètement folles, avec des gens que j’aime. Continuer à créer du lien, et faire des choses qui ont du sens.

Dans votre métier, vous êtes soumise au désir des autres. Si on ne vous appelle pas, vous ne travaillez pas. Comment gérez-vous cette pression ?
Ce n’est pas évident d’avoir toujours confiance en son avenir. Plus les années avancent et plus cette attente se transforme, par rapport aux étapes de notre vie.
C’est merveilleux quand il y a quelque chose qui, tout d’un coup, nous prouve le contraire, quand tout s’éclaircit du jour au lendemain !
Il y en a qui disent que plus le temps passe et plus c’est facile à gérer, et pour d’autres c’est l’inverse. On n’est jamais arrivé quelque part dans la vie, mais dans ce métier c’est d’autant plus flagrant. Même si on décroche quelque chose, il faut sans cesse renouveler. Il y a des phases où c’est plus ou moins facile.
J’écris et je mets des projets en place. En ce moment d’ailleurs, j’écris avec un ami un seule-en-scène que je jouerai au théâtre et qu’il mettra en scène. Cela se fera d’ici un an maximum je pense.
Je ne peux pas m’empêcher de créer des choses, ça me nourrit et j’évite ainsi d’être dans une attente. Et puis il y a la vie privée, c’est très important pour moi. Il faut en prendre soin !

C’est compliqué d’allier la vie professionnelle et personnelle ?
Mon chéri est comédien, nous nous comprenons assez bien sur le sujet !
C’est important aussi d’avoir le recul nécessaire, car avec ce métier, si je m’écoutais, je pourrais le faire tous les jours, 24h sur 24 !
Nous travaillons quand les gens se divertissent, donc nous sommes forcément en décalage… la vie personnelle s’organise donc différemment.

Est-ce qu’il y a des actrices qui vous ont inspirée ?
J’ai un gros coup de cœur pour Kate Winslet, qui m’inspire beaucoup. C’est quelqu’un qui joue avec son corps, se transforme. On sent que ça respire. Je l’admire dans son jeu d’actrice.
J’adore Sandrine Kiberlain aussi, et Suzanne Sarandon.

Et lorsque vous étiez petite ?
Isabelle Hupert m’a toujours fascinée, elle me fait penser à ma mère ! Et j’ai toujours vu Jean Reno comme mon père ! (rires)

Comment sont vos parents lorsqu’ils vous voient à la télévision ?
Ils aiment bien. Ils préfèrent peut-être quand c’est une comédie… Au début, ça leur a fait bizarre je pense. La première fois, ils ont mis un petit mois avant de me rappeler pour me dire qu’ils avaient aimé.

Est-ce que cela change votre quotidien ?
Non, pas forcément. Quand on me reconnaît, cela reste sympa et rigolo.

Que peut-on vous souhaiter ?
Que cette année 2019, qui commence déjà super bien, se poursuive sur la même lignée !


Photos personnelles fournies par Hélène Degy.

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