Guillaume Ruiz

En moins de 15 ans, Guillaume Ruiz, jeune autodidacte, est devenu propriétaire de trois établissements prestigieux de Montpellier et La Grande-Motte. Retour sur le parcours ascensionnel de cet ancien DJ.

Vous dirigez avec votre associé, Pascal Meyer, trois établissements : l’Atipico à Montpellier (quartier Millénaire), le Prose et l’Hôtel de La Plage à La Grande-Motte. Quel a été votre parcours jusqu’ici ?

Au départ j’étais DJ. J’ai rencontré ma femme qui elle, était en Doctorat de Droit. Lorsque notre relation est devenue sérieuse, elle m’a dit qu’elle ne ferait pas sa vie avec un DJ !(rires). En même temps, mon père était actionnaire minoritaire dans un hôtel à Lunel dans lequel j’avais toujours fait les saisons. Je suis rentré comme chef de rang. Lorsqu’ils ont dû se séparer de la directrice de l’époque, ils m’ont proposé de prendre la direction de l’hôtel le temps de recruter quelqu’un d’autre. Au final, j’ai gardé le poste.

Vous étiez complètement autodidacte ?

Oui complètement mais déjà passionné de restauration ! Je l’ai dirigé pendant cinq ans. Puis, l’hôtel a été vendu et mon père m’a proposé de m’aider à investir dans une autre affaire pour ma femme et moi. Nous avons donc acheté l’Hôtel de La Plage.

Pourquoi avoir choisi cet hôtel en particulier ?

Lorsque nous passions devant, nous étions épatés par son emplacement fabuleux. Plus tard, nous avons rencontré par hasard les propriétaires qui nous ont dit qu’il était à vendre. Cela a été compliqué à financer, d’autant que nous avons fait des travaux à l’intérieur car il était dans son jus des années 70 : moquette murale et couvre-lits à fleurs ! (rires) Chaque année nous avons avancé pour le mettre aux normes 3 étoiles puis nous avons obtenu la 4ème étoile en 2012. Durant ces années, nous avons crée le spa, la piscine, un vrai restaurant, la plage privée.

Vous travailliez toujours avec votre épouse ?

Oui jusqu’en 2008 où elle a repris son activité. Pascal a acheté ses parts et est rentré dans l’aventure. Et pour le restaurant Atipico et le Prose ? J’ai toujours eu envie d’avoir un restaurant à Montpellier et un ami agent immobilier m’a conseillé l’emplacement de Atipico. Il n’y avait que le plafond. Nous avons tout crée. Quant au Prose, durant l’été 2016, l’ancien propriétaire du Prose nous a proposé de l’acheter avec une vente était prévue en 2018. Mais le 15 septembre, il nous a demandé si nous pouvions le reprendre au 1er octobre ! Nous avons accepté !

Pourquoi ?

Le Prose est un lieu emblématique. Nous connaissions le potentiel de cet établissement. Du coup, nous avons été contacté par beaucoup de professionnels qui étaient intéressés et souhaitaient travailler avec nous. Ce fut le cas de Greg Delon, le directeur artistique. Notre chef de cuisine, Samuel Tingaud nous a rejoint également. Il était chef exécutif pendant 5 ans de la Paillote Bambou et avait l’habitude de gérer beaucoup de couverts.

Aujourd’hui, vous avez trois établissements et combien de personnel au total ?

Quand La Plage sera ouvert, nous flirterons avec les 70 employés.

Comment gérez-vous la pression ?

En fait, je pense que j’ai beaucoup de chance car je n’ai aucune faculté à me projeter ! Je suis beaucoup dans l’instant présent, ce qui parfois est très délicat pour les gens qui travaillent avec moi car je suis souvent dans l’urgence. Je gère les problèmes au fur et à mesure qu’ils arrivent. Je stresse très peu de temps avant. Et il faut dire aussi que je suis entouré de collaborateurs qui m’épargnent beaucoup. Pascal Meyer gère le quotidien des 3 établissements. Il a géré les travaux du Prose. Il avait beaucoup sur les épaules avec la quinzaine d’artisans qui ont travaillé sur le chantier ! Nous avons attaqué les travaux le 15 octobre et nous avons inauguré le 26 janvier. C’était juste énorme !

Quelles sont vos relations avec vos salariés?

Les ressources humaines sont très importantes pour nous. C’est notre coeur de métier car tout part de là pour obtenir la satisfaction client. Il faut absolument que nos équipes soient bien. Elles passent plus de temps avec nous que chez eux. Nous essayons d’avoir un management participatif pour que tout le monde adhère, pour avoir une vraie cohésion de groupe. On me met en garde parfois car nous aurons un comité d’entreprise. Mais,  personnellement, je trouve ça très bien. On pourra leur donner des avantages. Cela fait partie du jeu, il faut que tout le monde y trouve son compte.

Lorsque vous regardez votre parcours, c’est quand même incroyable ! Il y a 15 ans, vous étiez DJ,  aujourd’hui vous êtes gérant de 3 établissements. C’est un parcours fulgurant et une belle réussite à moins de 40 ans.

Je mesure la chance que j’ai parce que mes équipes sont top. J’ai encore beaucoup de projets.

Je vous demande de regarder en arrière.

J’ai un peu de mal avec ça ! (rires) Je peux dire que c’est en grande partie grâce à mon épouse. C’est clair ! Elle a toujours eu des idées bien précises et elle arrive à tout anticiper. Elle est juriste donc elle cadre tout ! Elle m’a mis sur un chemin et j’ai su faire le boulot. Sans elle, je n’en serai pas là.

Vous avez changé complètement de voie professionnelle. Vous est-il arrivé de regretter ?

Non pas du tout. J’ai réussi dans mes objectifs de vie à trouver le poste qui me permet d’allier ma vie pro et ma vie privée. Souvent dans l’hôtellerie – restauration, il est très difficile de concilier les deux : on travaille le soir, les weekend.Je l’ai fait pendant 15 ans : pas de repas d’anniversaire, pas de repas de famille, pas de mariage. Je partais le matin mon fils dormait, je rentrais le soir, il était couché…

Ça vous a manqué de ne pas profiter de votre fils aîné ?

Oui bien sur. Aujourd’hui j’ai des jumeaux de 2 ans et demi et je me rends compte que je profite beaucoup plus d’eux que du premier. Mais en même temps, si aujourd’hui nous en sommes là c’est parce qu’il a fallu en passer par là.

Que diriez-vous à des jeunes qui souhaiteraient se lancer ?

Il y a deux critères : le premier est qu’il faut être bosseur ! On ne peut pas avoir le regard rivé sur la montre. Le deuxième est que j’ai eu beaucoup de chance. Mon père m’a mis le pied à l’étrier et tout le monde n’a pas cette chance-là. Il m’aaidé financièrement pour avoir ce que j’ai aujourd’hui. Mais  ensuite, il a fallu beaucoup de travail.

Si dans une dizaine d’années, votre fils souhaite être dans le même secteur d’activité que vous, l’encourageriez-vous ou pas ?

Peu importe ce qu’il envisagera, je l’encouragerai. Son chemin de vie est le sien, il faudra qu’il le choisisse et qu’il en assume les conséquences. Mais avant toute chose, je l’obligerai à faire des études. Je n’en ai pas fait et cela m’a posé quelques problématiques. Pour lui éviter tout ça, il  faudra qu’il fasse des études dans le corps de métier qu’il aura choisi.

Comment vous organisez-vous aujourd’hui avec vostrois enfants ? 

Nous avons partagé la semaine : je récupère mes enfants le lundi et mardi et je les emmène à l’école tous les jours. Mon épouse gère les autres soirs de la semaine.

Quelles valeurs voudriez-vous leur transmettre ?

Certaines valeurs se transmettent automatiquement. La justice, la famille et le respect : c’est peut être un peu désuet mais je pense que ce sont de bonnes bases pour avancer dans la vie.

Quel genre de papa êtes-vous ?

Plutôt papa dur. Mon fils me disait que j’étais la machine à dire «non». Mes limites sont très étroites.

Je sais maintenant que vous avez du mal à vous projeter dans l’avenir mais pouvez-vous me dire où vous voyez vous dans 5 ans ?

J’aimerai finaliser la conception du groupe LPG et rentrer deux autres établissements. Il faut également pérenniser ces deux ouvertures.

Vous arrivez à partir en vacances quand même ?

Oui, une semaine l’été et une semaine en hiver.

Vous posez le téléphone ?

Oui, je n’ai pas le choix ! Sinon je divorce ! (rires)

Qu’est ce que je peux vous souhaiter ?

Que les deux ouvertures du Prose et de l’hôtel de La Plage fonctionnent bien et que Atipico garde le rythme.

Quel regard votre père pose-t-il sur vous ?

Mon père est un entrepreneur dans l’âme. Il a crée le deuxième groupe d’analyses médicales en France. Aujourd’hui il est heureux de voir que nous nous développons, de voir que nous avons encore de l’ambition sur d’autres établissements. Mon père ne croyait pas du tout au haut de gamme et au luxe. Il est plutôt fier de voir que cela fonctionne. Mon père m’a aidé mais ma mère également ! Elle m’a beaucoup soutenu moralement. Elle est psychologue et fonctionnaire donc pas du tout là-dedans. Elle m’a permis d’avoir une ouverture d’esprit sur le coté social et ressources humaines. Et mon épouse m’a cadré !

C’est une belle équipe !

Oui, cela montre que la réussite est une histoire d’équipe ! Pascal, Bénédicte (directrice au Prose), Mathilde (responsable marketing), les chefs, et tout le personnel ! Tout seul, on est rien ●

Propos recueillis par Christine Pugliesi

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