Fred Bianconi, un acteur aux multiples facettes

© Yannick Aleksandrowicz

Fred Bianconi, alias ‘Tintin’ dans la série « Engrenages » de Canal +, revient cette fois sur le petit écran avec un personnage plus léger, celui de Virgile, directeur d’une paillote proche de Montpellier, dans le feuilleton quotidien « Un Si Grand Soleil » de France 2.

Il livre à La Vida son parcours et ses projets, notamment à la réalisation…

Propos recueillis par
Christine Pugliesi et Manon Lemonnier


Comment avez-vous fait partie de l’aventure « Engrenages » ?
Nous avons fait un pilote en 2004 : il y avait 17 personnages potentiellement récurrents, ce qui était énorme. 6 mois plus tard, la production nous a donné un rendez-vous, nous sommes retrouvés à 6 ! Ce n’était pas prévu mais c’était une très très bonne surprise. Puis les années se sont enchainées, on ne s’attendait pas à ce que cela marche si bien, c’était totalement imprévisible. La 5ème saison a même reçu un Emmy Awards.

Au bout de tellement de temps, les acteurs deviennent proches non ? C’est presque une famille ?
Evidemment, nous sommes devenus très proches les uns des autres, nous avons traversé des périodes de notre vie au cours de ces 15 ans : des rencontres, des séparations, des naissances.

Nous nous connaissons tous très bien : il n’y a aucune lassitude et un vrai plaisir à se retrouver dès qu’une nouvelle saison démarre.

Vous n’avez jamais été déçu par le scénario ?
Je me suis battu pour que Tintin, mon personnage existe un petit plus, car au départ il était un peu « le clown blanc ». Dans ce type de série, il faut que les personnages aient des problèmes parce que sinon on s’ennuie un peu et c’est moins impactant. Les auteurs ont fini par introduire des histoires qui lui ont donné beaucoup de corps. Il est extrêmement humain, c’est un père de famille intègre au milieu de personnages relativement solitaires et borderline. Cela va finir par aller jusqu’au clash avec ses coéquipiers à la fin de la saison 6 car sa position au sein du groupe devient assez insupportable. La saison 7 qui est en diffusion en ce moment démarre donc sans Tintin.

© Martin Lagardère

Tintin sera-t-il présent dans la saison 7 malgré tout ?
Oui il revient. Et face à ses anciens coéquipiers il va se retrouver dans une situation assez inédite. Je préfère ne pas en dire plus et laisser la surprise aux aficionados (rires).

Comment êtes-vous passé à Un Si Grand Soleil ?
On m’a annoncé que la saison 6 serait la dernière pour Tintin dans Engrenages, et au final ils sont un peu revenus sur leur décision. J’ai eu la chance de créer un personnage, de le faire vivre et le voir grandir et vieillir. Des premières images d’Engrenages aux dernières, on voit vraiment l’évolution et c’est très intéressant. Cependant, je me suis ouvert sur d’autres choses et on m’a proposé « Un Si Grand Soleil » avant même de savoir comment ça allait s’appeler, à quoi ça allait ressembler, qui jouerait dedans, quels seraient les personnages etc…

C’est une grosse production, non ?
C’est une machine, une organisation de dingue. 250 personnes travaillent au quotidien sur 3 plateaux différents. La première fois où je suis arrivé dans les studios, j’avais été vraiment impressionné par les moyens mis en œuvre.

Comment se sont passés vos débuts dans Un Si Grand Soleil ?
On m’a donné les 5 premiers épisodes où mon personnage n’apparaissait quasiment pas et un pitch d’une dizaine de ligne de ce qui le caractérisait. C’était peu mais la production m’a demandé si je voulais venir tourner à Montpellier pendant un an. Forcément je me suis posé la question, notamment à cause du grand écart qu’il y avait entre Engrenages et une future série quotidienne de France 2. C’était un peu un saut dans l’inconnu, une sorte de pari.  Il y avait également les aller-retours Paris – Montpellier : d’un point de vue familial cela restait une question… Au final, je me suis laissé tenté par l’aventure et je dois dire que je m’amuse beaucoup !

Il faut dire aussi que Virgile, votre personnage, est sympa.
Oui, je l’aime bien ! Ce qui m’a plu c’est son côté double : très protecteur avec sa fille et son business (propriétaire d’une paillote sur la plage) mais il a un passé trouble rempli de mystère, on ne sait pas réellement qui il est. C’est ce qui m’a intéressé car on m’avait proposé un autre rôle, plus empêtré dans les problèmes personnels, qui ressemblait un peu dans l’esprit à mon personnage dans Engrenages et cela ne m’intéressait pas. J’avoue que la paillote m’a aussi beaucoup attirée (rires).

Aujourd’hui les téléspectateurs n’imaginent pas la série sans Virgile.
J’espère ! (rires)… A vrai dire, 7-8 mois plus tard, il a été question de savoir si je continuais ou non car la série enchaine sur une deuxième saison. La réponse s’est imposée d’elle-même. Je m’amuse beaucoup, j’aime le personnage et il est prévu qu’on sache petit à petit quel est son secret et son passé.

© Martin Lagardère

Avez-vous senti une réelle différence au niveau de votre notoriété en faisant une série quotidienne ? 4 millions de téléspectateurs tous les soirs, cela change les choses non ?
C’est simple, je suis passé du crypté avec Canal+ à une série quotidienne sur une chaîne publique donc l’impact popularité est important. En revanche, maintenant des gens m’arrêtent dans la rue et je ne sais pas s’ils m’arrêtent pour « Un si Grand Soleil » ou « Engrenages » (rires). Mais j’avoue que le retour est très positif.

Avez-vous des projets en parallèle ?
Depuis quelques années j’ai monté un spectacle avec une bande d’amis : Frédéric Bouraly (José de Scènes de Ménages), Olivier Mag (en Famille) et Emmanuel Donzella entre autres. Ce sont mes potes de scène que je connais depuis plus de 25 ans.
Nous avons créé un premier spectacle qui s’appelait « Les Voilà » et aujourd’hui nous sommes réunis dans « Les Darons » que nous avons joué à Avignon mais aussi au théâtre du Splendid et au Café de la Gare pendant un an.  En ce moment, nous faisons des dates à travers la France en fonction des emplois du temps de chacun. La prochaine est à Toulon, ma ville natale (Les 15 et 16 mars au Théâtre Le Colbert)

J’ai également écrit et adapté plusieurs spectacles :  un seul en scène, une adaptation du roman de Laurent Graff « Voyages Voyages », une adaptation de nouvelles de Boris Vian, ou encore un spectacle appelé « Les Cosmic ».

Je me consacre aussi, à l’écriture de scénarios et depuis peu à la réalisation. Je fais pas mal de voix de pub pour la radio aussi, mais on le sait moins.

Pouvez-vous nous parler de votre spectacle « Les Darons » ?
C’est un spectacle où le public rit beaucoup. C’est décalé, débridé, ça casse les codes de ce qu’on peut imaginer. On entraine le public dans un univers qu’il n’attend pas, il est systématiquement surpris, c’est une succession de sketchs et de chansons.

Nous l’exploitons depuis 3 ans, le spectacle est rodé avec plus de 250 représentations.

© Martin Lagardère

Vous n’êtes donc pas uniquement comédien ?
Non pas seulement, j’ai besoin de créer.

J’aime fédérer des gens autour d’un projet, de donner une énergie de départ afin d’aller chercher une euphorie de groupe et j’aime ça, l’aventure, les amis…
En 2018, j’ai écrit un court-métrage, qui s’appelle « Le Trait ». C’est un thriller de 15 minutes qui raconte la vie d’un homme qui bascule sévèrement à cause d’un petit excès d’un soir. J’ai proposé à Maurice Hermet, de le co-réaliser et tous les deux, nous avons monté ce projet, trouvé une production, les comédiens et l’argent en un mois ! Il y avait un enthousiasme incroyable.

Nous avons gagné en octobre dernier le grand prix au Festival Polar de Cognac et de là, nous sommes en train de chercher à le développer pour en faire un film pour la télé. J’espère que nous allons y arriver, nous avons déjà une production très intéressée.

Qu’avez-vous ressenti lors de la réception de ce prix ?
J’ai des frissons rien que d’y penser ! Je suis heureux de ramener un prix dès le premier festival mais ce n’est pas uniquement de la satisfaction personnelle, c’est surtout le fait d’avoir fédéré des gens ! Il a été acheté par Canal pour Polar +, je ne pensais pas qu’on allait en arriver là ! Première diffusion le 30 mars.

Cette première expérience vous a-t-elle inspirée pour écrire ou réaliser d’autres films ?
Oui ! J’ai écrit un autre scénario, de long métrage cette fois,  qui n’a absolument rien à voir. Je l’ai à nouveau proposé à Maurice Hermet, car notre complicité a été extraordinaire, ce qui est assez rare pour le souligner. Nous mettons en commun nos compétences, nos contacts, notre réseau et toute notre énergie pour permettre à ce projet d’exister.

Comment l’idée d’être acteur a-t-elle germé dans votre tête ?
A 9 ans, ma mère m’a amené à Paris voir la pièce « Le Canard à l’Orange ». J’ai été impressionné par Jean Poiret, par sa façon de jouer et de faire rire les gens. C’est là que je me suis dit que je voulais faire ce métier. Procurer de l’émotion, je trouve cela formidable.

En grandissant, j’ai oublié, et après deux premières années de médecine à Marseille, j’ai finalement fait 4 ans de comptabilité. Puis, j’ai été commercial dans une société d’édition pendant 5 ans et j’ai été initié au théâtre en même temps. J’avais 23 ans.

Comment êtes-vous arrivé au théâtre alors ?
Dans mon école de comptabilité, j’ai créé une association d’étudiants. Certains ont monté une petite troupe de théâtre. J’ai mis les pieds sur scène pour la première fois à ce moment là, en 1987.

© Yannick Aleksandrowicz

Donc tout s’est enchainé très vite ?
A partir de là j’avais le virus, et je me suis dit que c’était le métier que je voulais faire ! J’ai continué le théâtre au sein de cette école pendant 3 ans. En parallèle, j’étais à l’école Périmony, en cours d’art dramatique.

Comme j’étais un peu plus âgé que les autres, j’ai réalisé rapidement qu’une fois sorti du  cocon des cours de théâtre ça allait être bien différent. J’ai donc créé ma compagnie et aujourd’hui on a une boite de production avec « Les Darons ».

A 23 ans, vous n’aviez aucune crainte ?
Je n’avais rien à perdre. J’ai toujours préféré mettre toute mon énergie dans un projet avec le risque de me planter plutôt que de regretter de ne pas l’avoir fait. Globalement, les projets qui ont été montés ont rempli leur contrat donc je ne regrette rien.

Ce qui serait vraiment angoissant pour moi aurait été de me retrouver dans un bureau.

A ce moment de votre vie, la décision d’abandonner votre travail pour le théâtre a-t-elle été difficile ?
Nous avions 6 mois de tournée avec le duo « Les Cosmic ». La question était très simple. Soit, je ne faisais pas la tournée pour continuer à faire mon boulot de chef de publicité soit j’arrêtais pour me consacrer à ce que j’avais envie de faire, c’est à dire le théâtre. C’était vite vu, c’était juste une question d’organisation derrière.

Donc on peut dire aujourd’hui que c’est Jean Poiret qui vous donné envie de faire ce métier ? Est-ce qu’il y en a eu d’autres ?
La famille du Splendid est une référence pour moi, c’est intergénérationnel. J’apprécie aussi beaucoup Daniel Auteuil : il est capable de faire « Les Sous-Doués » mais aussi « l’Adversaire » et le rôle d’Ugolin dans « Jean de Florette ».

Et bien sûr, il y a aussi le cinéma américain avec De Niro et Di Caprio.

© Martin Lagardère

Quel film avez-vous aimé récemment ?
J’ai beaucoup aimé Bohemian Rhapsody et Une Affaire de Famille.

Etant acteur, voyez-vous les films différemment ? Remarquez-vous plus le jeu d’acteurs, les facilités scénaristiques etc. ?
J’essaye de rester spectateur dans la mesure du possible, je me laisse embarquer, je ne cherche pas à décortiquer. Si je m’ennuie je m’endors de toutes façons ! (rires)

Vous avez deux enfants de 18 et 9 ans, comment vivent-ils le fait que leur père soit acteur ?
Ils le vivent bien je pense.  Nous n’en parlons pas plus que ça même s’ils sont encore surpris lorsque nous sommes à Londres et qu’une femme m’aborde en me demandant si je suis bien l’acteur de « Tintin » dans Engrenages !

© Martin Lagardère

Je vais vous poser une question que j’aime particulièrement : vous montez dans la DeLorean du film « Retour vers le futur ». Vous retournez dans votre passé et vous rencontrez le petit Fred de 9 ans qui sort du théâtre avec sa maman. Que lui dites-vous ?
Je lui dis de ne pas faire ce métier ! (rires)

Non, plus sérieusement, je lui dirais d’écouter ce qui s’est passé au fond de lui.

Vous remontez dans cette voiture et vous allez voir Fred qui est en cours de comptabilité, que lui dites-vous ?
« Mais qu’est-ce que tu fais là ? » (rires).

C’est tellement improbable comme parcours, une erreur de jugement. Mais c’est là que j’ai commencé le théâtre donc je ne regrette pas !

Vous remontez à nouveau dans la DeLorean, et vous faites un bond en avant de 10 ans. Qu’aimeriez-vous voir ?
J’aimerais bien voir un film ou deux qu’on aura co-réalisé avec Maurice, et savoir où en est l’écriture du 3ème. J’aimerais aussi être en train de préparer cette nouvelle série dans laquelle j’aurais le rôle principal.

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