Droit : Vive les mariées, vive les mariés !

Laurent Maurin Avocat à la Cour

Laurent Maurin
Avocat à la Cour

par Laurent Maurin

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LE MARIAGE EST UNE CONSÉCRATION :

CONSÉCRATION DE L’HISTOIRE COMMUNE DE DEUX PERSONNES, CONSÉCRATION RELIGIEUSE, CONSÉCRATION CIVILE. LA LOI, LA CONSTITUTION PROMETTENT À TOUT CITOYEN UNE ÉGALITÉ QUASI STRICTE. OR, DANS LES FAITS, CETTE ÉGALITÉ N’EXISTE PAS ET CELA DEPUIS L’ADOPTION DU MARIAGE POUR TOUS, AUTREMENT DIT DE L’UNION DE DEUX PERSONNES DU MÊME SEXE.

Cette égalité n’existe pas devant Dieu car une partie de son église, notamment l’église catholique, la lui refuse.

Un évènement important est passé quasiment inaperçu cet été. Et pourtant, il était choquant, par la violence de son contenu. Le chef de l’Etat et une partie de la classe politique étaient réunis pour une messe à la cathédrale notre Dame de Paris, en hommage à cet homme d’église victime de la barbarie terroriste. Monseigneur Vingt-Trois, lors de son allocution a dressé un inventaire des « déviances » morales de notre société d’aujourd’hui. Une allusion presque directe au mariage pour tous. Dans l’assistance, personne ne dit rien, par respect pour la solennité du moment, par respect pour l’institution, mais dans les coeurs, dans les esprits à l’écoute d’un tel discours, la révolte, oui, la révolte ?

Choquante et scandaleuse, à bien des égards, cette énième condamnation religieuse – et donc morale, sociale – du mariage pour tous. Oui, à bien des égards, parce qu’il faut bien le dire, il faut bien prendre aujourd’hui la défense de ces mariées, de ces mariés qui ont le droit, tant socialement, que civilement et religieusement, de vivre comme tout le monde, d’être considérés comme tout le monde. Mais, apparemment, une partie – la hiérarchie – de l’Église Catholique n’est pas prête à entendre, à accepter cette évolution majeure de notre société.

Conséquence directe de ce rejet : les mariages entre personnes du même sexe ne sont pas célébrés à l’Église, elles n’ont pas droit au même mariage que les autres, les hétérosexuels

Pourquoi ? Parce que la relation entre deux personnes du même sexe est encore considéré comme un pêché ? Parce que l’homosexualité, selon le catéchisme de l’Église Catholique, est encore une maladie ? Avant de juger, de condamner, même moralement qui que ce soit par rapport à ces comportement sociaux, par rapport à sa nature humaine, il faudrait que les membres de cette Eglise balaient devant leur propre porte.

Il faudrait leur rappeler que si Jésus était aujourd’hui parmi nous, ce ne serait sans doute pas avec eux qu’il partagerait le poids de la vie humaine. Ce n’est pas avec eux qu’il partagerait le pain des pauvres. Lui qui a tendu la joue à la prostituée, lui qui a dormi chez les honnis de la société, lui qui a scandalisé par son amour sans concession de toute l’humanité, comment jugerait-il la position de ceux qui semblent incarner sa présence sur Terre, qui semblent parler en son nom ? Pour mémoire, l’Église n’accepte pas les relations hors mariage, les relations sexuelles hors projet de procréation, la masturbation, le divorce, le remariage après divorce, l’homosexualité, l’IVG, les moyens médicaux de contraception (prônant la contraception naturelle…), l’union des prêtres et religieux, religieuses…

Seigneur, qu’ont-ils fait de ton Eglise ?

Comment pourrait-on qualifier juridiquement cette position ? De discriminante ? Peut-être.

Comment pourrait-on qualifier, en notre qualité de chrétien, cette position ? De dogmatique ? Sans doute.

Comment pourrait-on qualifier, en notre qualité de citoyen laïque cette position ? D’archaïque ? Pourquoi pas.

Fort heureusement, et c’est un hommage que nous pouvons leur rendre, le clergé, le bas clergé comme on disait au moment de la Révolution, est, dans sa grande majorité, dans l’accueil de tous, hétérosexuels, des homosexuels, croyants ou non croyants. Ainsi, les couples de même sexe qui le demandent, obtiennent, la plupart du temps une bénédiction de leurs alliances, ou de leurs personnes. Bref, les prêtres qui vivent au contact du peuple essaient de pallier aux intransigeances dogmatiques de leur hiérarchie et de répondre, comme toujours, à l’humanité qu’ils côtoient à chaque moment de l’exercice de leur difficile mission.

C’est d’ailleurs grâce eux que survie, malgré les assauts de la modernité, cette Eglise et qu’elle reste dans la considération d’un grand nombre d’entre nous.

Sans eux la modernité aurait déjà emportée cette institution, comme elle est en train de le faire, comme elle le fera dans les prochaines décennies si une profonde mutation n’est pas envisagée, n’est pas mise en oeuvre pour s’ouvrir au Monde, pour répondre au Monde, pour être avec le Monde.

Il n’empêche, nos mariés du même sexe n’auront pas, peut être pour longtemps encore, le même traitement au sein de l’Eglise catholique, que les couples hétérosexuels.

Alors, reste l’amour de leurs proches, reste cet esprit de fête et de joie qui nous anime lorsque deux êtres concrétisent leur engagement réciproque dans les liens du mariage. Aval ou non de quelque église que ce soit, de quelque institution religieuse que ce soit, ces liens demeurent sacrés, cet amour et cette union demeurent authentiques. Tout le bonheur possible à toutes ces femmes et ces hommes qui s’unissent. Vive les mariées, vive les mariés !

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