Doris Wetzel L’aventurière des mers

DORIS WETZEL

L’AVENTURIÈRE DES MERS

 

Doris Wetzel a réussi ce que personne n’avait accompli avant elle : la traversée de la Méditerranée en kitesurf entre Port Camargue et Bizerte. Au total, 1000 kilomètres parcourus en 8 jours.

Cette jeune quadra envisage aujourd’hui un autre challenge d’envergure : la traversée de l’Atlantique.

Rencontre avec une passionnée.

 

Pouvez-vous nous dire qui vous êtes ?
— J’ai 41 ans, je suis Allemande mais j’habite en France depuis 20 ans. J’étais sportive de haut niveau en voile et j’ai fait deux préparations olympiques avec l’équipe d’Allemagne en 2000 et 2004. À 28 ans, je me suis retrouvée à la retraite sportive et j’ai donc travaillé dans la grande distribution pendant 11 ans. Mais fin 2015, je me suis rendue compte que je n’étais pas sur la bonne voie ! Je sentais que la seule chose que je souhaitais faire était du kite et j’avais ce rêve de traverser l’Atlantique en kitesurf en moi.

Depuis combien de temps faites-vous du kitesurf ?
— Depuis bientôt 6 ans. Quand j’ai pris la décision de traverser les mers en kitesurf, je ne savais pas encore me servir du kitefoil (planche de kitesurf sur laquelle est fixé un foil, c’est à dire, un aileron en carbone avec des ailettes permettant de surélever la planche au-dessus de l’eau). Je souhaitais montrer que lorsque l’on a un rêve, il faut aller jusqu’au bout ! Élaborer un plan pour y parvenir même si on n’a pas les moyens ni le savoir-faire !

« Je souhaitais montrer que lorsque l’on a un rêve, il faut aller jusqu’au bout ! Élaborer un plan pour y parvenir même si on n’a pas les moyens ni le savoir-faire ! »

Combien de temps vous êtes vous entraînée ?
— Pendant un an et demi mais pas autant que ce que j’aurai aimé faire. Préparer un tel projet demande énormément de préparation.

Quelle est-elle cette préparation ?
— Trouver les partenaires financiers, les partenaires techniques, l’équipe, le savoir-faire. Il faut s’entourer des bonnes personnes. Le matériel est également essentiel car le matériel existant sur le marché n’est pas adapté au kite sur une longue distance. Il y avait aussi la préparation logistique avec l’alimentation, la préparation mentale, la préparation physique etc.

Pouvez-vous nous expliquer comment se passe concrètement cette traversée de la Méditerranée ?
— Cela a duré 8 jours. Je suis partie le 1er octobre de Port Camargue et je suis arrivée à Bizerte en Tunisie.
J’étais sur la planche de kitesurf avec un sac à dos et un bateau accompagnateur avec une équipe de 6 personnes était à mes côtés. La nourriture et l’eau pour la journée étaient avec moi et le soir, j’allais sur le bateau pour dormir.
La planche était faite sur-mesure, le foil était adapté à la longue distance. Il faut savoir que les foils vont normalement très vite mais le mien était fait pour être moins rapide mais il était très confortable. Je pouvais même voler sur l’eau car ainsi les vibrations étaient moins fortes pour éviter des problèmes de genoux. J’avais aussi une combinaison en néoprène sur-mesure adaptée à ce projet qui a été faite à Mauguio. L’objectif de cette traversée était également de tester les procédures et le matériel afin d’anticiper la traversée de l’Atlantique.

Si je comprends bien, votre but final est la traversée de l’Atlantique ?
— Oui, exactement !

Et vous le prévoyez pour quand ?
— Avril 2019.

Mis à part la distance qui est gigantesque par rapport à la Méditerranée, quelles sont les différences fondamentales entre les deux traversées ?
— C’est de trouver le bateau et l’équipe ! Nous serons dans un lieu confiné pendant un mois environ et il faut vraiment gérer ça en amont et se préparer mentalement.

Quel sera votre point de départ ?
— Nous partirons de New York avec une arrivée sur les côtes atlantiques françaises.


Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Votre moral ?
— J’étais très heureuse lorsque j’ai terminé la traversée de la Méditerranée. Par contre, la récupération est assez difficile. Plus que ce que j’imaginais. On m’avait prévenue qu’il fallait absolument que j’ai un autre projet après cette traversée. Nous tombons un peu dans un vide. Je me sens extrêmement fatiguée. La récupération psychologique est assez difficile. Ce que j’ai vécu était totalement nouveau avec des moments de stress intense.

Qu ‘avez-vous trouvé le plus difficile ? Était-ce la solitude ? La partie physique ?
— Je n’ai pas ressentie la solitude pendant la traversée car le bateau était à côté et nous étions en lien constant en talkiewalkie. Ce qui était difficile était le fait que nous partions dans l’inconnu. Personne n’avait jamais tenté ça. Nous n’avions aucun repère, il fallait s’adapter très rapidement et trouver une solution au coup par coup. C’était très stressant. Ce qui était très difficile également était qu’il y avait très peu de vent au départ, puis énormément par la suite. Je suis passée d’un extrême à l’autre. Nous avions élaboré des procédures pour ces cas de figure bien sûr. Cependant, lorsque nous sommes confrontés à cela, nous sommes extrêmement éveillés. Je n’avais jamais connu ça auparavant. J’avais peur mais la peur me boostait et m’obligeait à être plus vigilante. Le fait de passer de ces expériences au retour à la vie normale est assez difficile. Aujourd’hui j’ai des images de la traversée qui me reviennent.C’est comme une expérience traumatisante.

Qu ‘avez-vous prévu aujourd’hui pour pouvoir effectuer la traversée de l’Atlantique ?
— Le plus compliqué sera sans aucun doute la levée des fonds. J’ai crée l’association Womana qui a pour objectif de promouvoir le développement personnel à travers le sport et d’accompagner les jeunes dans l’insertion à la vie active. Je souhaite la développer en 2018 et pour cela, je dois passer le diplôme le monitrice et entraineur de kitesurf, le DEJEPS. L’analyse de la traversée a été faite mais aujourd’hui, nous avons besoin de trouver les solutions assez rapidement afin de les tester dans une autre traversée-test. Cela se fera notamment l’année prochaine.

Que vous souhaite-t-on Doris ?
— D’avoir du plaisir ! C’est fondamental pour parvenir à nos fins !

Propos recueillis par Christine Pugliesi
Pour contacter Doris Wetzel :
doris.wetzel@hotmail.fr / 06 72 11 73 35

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