On passe à l’acte : Mathias Lahiani


«Construisons ensemble un monde  auquel nous souhaitons appartenir»

Mathias Lahiani

Mathias Lahiani

Observateur des pionniers du sens et des nouvelles façons d’agir

Nous avons rencontré le fondateur de l’association

 «On passe à l’acte» :

premier média d’information constructive

 

Vous avez constitué plus de 400 vidéos d’initiatives positives et une quarantaine de documentaires mais comment avez-vous eu l’idée de fonder «On passe à l’acte» ?

Élevé par des soixante-huitards, je n’ai pas eu une éducation standard. Je n’ai pas passé plus de six mois dans la même école jusqu’à l’âge de dix ans car nous déménagions souvent. Ce que j’ai retiré de cette vie «hors norme» est le fait que nous pouvons être étrangers pour deux raisons : la première parce qu’on est le «nouveau», l’autre parce que si notre façon de penser est différente, nous ne sommes pas dans la norme. Cela m’a poussé à m’intéresser à la sociologie et à la psychologie et j’avais besoin de faire un projet existentiel dans ma vie. Lorsque j’ai eu trente ans, toutes les personnes autour de moi commençaient à s’installer et à fonder une famille : ils recherchaient un emploi et un toit et toute leur énergie était consacrée à cela, ce qui revient seulement à «sauver sa peau». J’ai réalisé que cela ne correspondait pas du tout à mes attentes. À la même époque, les médias ne parlaient que de l’affaire Dutroux et racontaient tous les détails en permanence. Une nuit, j’ai rêvé de cette affaire sordide et je me suis dis que cela touchait même notre inconscient. Il était important pour moi de prendre le contre-pied et de prouver que l’information positive était possible malgré le flot continu négatif des informations données par les médias. Dans le même temps, je faisais partie de plusieurs groupes car je suis musicien. Je pensais que je trouverai de la poésie dans cet Art mais en fait, le milieu de la musique est très axé sur le business et je n’ai pas trouvé ce que je recherchais non plus. Tous ces ingrédients m’ont poussé à créer une autre voie. J’ai voulu montrer que l’humanité est capable de faire davantage que sauver sa propre peau et j’ai alors décidé d’aller à la rencontre de ceux qui consacrent une partie de leur temps à l’évolution du monde.

Au départ, il y a eu l’idée, mais ensuite il y a la mise en place. Comment avez-vous fait ?

J’ai réuni quelques amis qui partageaient ma vision des choses. L’un d’eux, graphiste a acheté la première caméra avec son argent personnel, et tandis que j’investissais dans les ordinateurs, un ami développeur a fait le site.

Comment avez-vous fait pour aller au-devant de personnes qui avaient des projets positifs pour changer la société actuelle ? On ne les trouve pas comme ça !

Pendant les quatre premières années, j’ai constitué une base de données de 700 projets qui m’inspiraient à partir de la presse et de mon entourage. Puis en 2010, nous avons lancé le site par le biais duquel les porteurs de projets nous contactent aujourd’hui directement : nous comptons 40 000 abonnés et 100 000 visites par mois.

Après 9 ans d’existence, «On passe à l’acte» est tellement positionné que des personnes comme Corinne Lepage, Jean-Paul Delevoye nous ont sollicité. J’ai été conseiller au Ministère de l’Écologie sur la Transition Economique : tout cela renforce notre réseau d’informations. On se retrouve au cœur de la situation française : les difficultés rencontrées, les personnes à contacter, les axes qui bougent, les perspectives et les promesses.

Notre média recense 920 initiatives, plus de 400 vidéos et 42 documentaires.

Quel est votre but ?

Accélérer l’amélioration et les changements de société. C’est répondre à la question : en quoi après des milliers d’années, l’humanité est-elle capable d’autre chose que de sauver sa peau ? J’avais besoin de ça, de me prouver qu’on pouvait sortir d’une société marchande prédatrice pour une société où chacun prend soin du bien commun.

Comment faites-vous pour financer tout ça ?

J’ai été bénévole pendant 9 ans – c’était ma manière de contribuer au bien commun. Mon salaire : avoir rencontré des personnes qui m’ont fait croire en l’humanité. Je me sens à ma place et du coup je suis heureux.

J’utilise les deux tiers de mon temps libre à ce projet de sens et en parallèle pour avoir un revenu j’ai monté mon entreprise, un studio d’enregistrement.

J’ai délibérément refusé de regarder le modèle économique pour être au plus près de ce que je voulais faire.

Mais aujourd’hui, le projet se développe : en 15 mois, nous avons eu 150 000 euros de chiffre d’affaire. Notre activité devient viable.

Votre projet est-il compatible avec des personnes qui ont une vie de famille ?

A ce sujet, j’ai envie de vous renvoyer vers une de nos interviews sur notre site « J ai décidé de m’occuper autant du monde que de mes enfants »

Envisagez-vous de faire un film pour le grand public ?

Oui, tout à fait, cela fait partie de nos projets à venir.

Quels sont ces autres projets ?

Eh bien, nous souhaitons aller plus loin et accompagner les porteurs de projets : nous travaillons aujourd’hui à mettre en place des outils concrets pour les aider.

Nous allons produire une collection de DVD-boite à outil, un mooc, un jeu vidéo : les gens n’imaginent pas ce qui existe et toutes les possibilités qu’ils ont pour agir quotidiennement ! Ensuite, nous allons construire un accélérateur de projets citoyen, des machines à passer à l’acte. Avec nos partenaires nous développons une plate-forme des «éco-passeurs» permettant la mise en relation de porteurs de projet et de mentors,  et une monnaie complémentaire nationale grâce à laquelle les personnes agissant pour le bien commun pourront  faire leurs courses chez Biocoop !

Comment expliquez-vous l’engouement des gens pour trouver du sens à leur existence ?

Je pense que les gens veulent se sentir utiles et redevenir acteurs de leur propre vie. C’est précisément dans ce sens que nous travaillons – pour leur permettre cela.

Qu’est ce que vous souhaitez laisser derrière vous ?

Ce n’est pas tant un résultat concret sur le court terme que j’attends mais plutôt un souhait d’avoir contribué à un changement de société sur le long terme.

Pensez-vous que le changement se fera rapidement ?

Je crois que les alertes économiques, les alertes écologiques, tous les indicateurs nous disent que le changement va être pour notre génération c’est à dire  dans les 40 ans qui viennent.

Mais nous avons la chance de vivre une époque que Bruno Marion appelle « chaotique» mais qui est en fait une époque d’émergence.

Et dans ces émergences, il y a le fameux «effet papillon» auquel je crois beaucoup.

Plus d’infos :

www.onpasseal’acte.fr

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