Christine Fabresse : Femme de tête et de coeur

PRÉSIDENTE DU DIRECTOIRE DE LA CAISSE D’ÉPARGNE LANGUEDOC-ROUSSILLON, CHRISTINE FABRESSE EST CHALEUREUSE,VOLONTAIRE ET PASSIONNÉE. RENCONTRE AVEC UNE FEMME DE CARACTÈRE QUI ASSUME SA PART DE SENSIBILITÉ.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ? Comment en êtes-vous arrivée à cette fonction ?

Je suis dans le monde de la Banque depuis 30 ans et je peux dire que trois caractéristiques résument ma carrière.La première est le Business : j’ai été Directrice de  Région pour les particuliers et les professionnels. C’est très important pour moi, j’ai le côté clients et entrepreneurs ancré en moi. J’ai plaisir à rencontrer des entrepreneurs, à vivre leur passion, à voir comment nous pouvons les aider. Cela tient à la fois d’un parcours de vie avec mon père qui était chef d’entreprise et en même temps à un parcours de vie professionnelle que j’ai passé en face du client. Les Ressources Humaines sont la deuxième chose qui caractérise ma carrière. Cette expérience m’a beaucoup marquée. Ce qui m’intéressait dans le Management était réellement le coté humain : comment aider les personnes à donner le meilleur d’elles-mêmes, à les aider à évoluer. Ces années étaient très riches pour moi. Cela coïncidait avec le rachat du Crédit Lyonnais par le Crédit Agricole. J’ai contribué à la structuration des Ressources Humaines du Groupe en prenant la responsabilité d’une direction centrale chargée de définir et coordonner les politiques RH. La troisième caractéristique est celle de Dirigeante. Depuis une quinzaine d’années, au delà de mes fonctions opérationnelles sur l’organigramme, j’ai une responsabilité transverse :j’interviens dans différents Conseils d’Administration, je pilote des projets plus complexes, je travaille sur la stratégie d’entreprise mais aussi du groupe. J’agis au-delà de l’intérêt que peut avoir un Directeur sur sa Direction ou sa propre entreprise.

Avez-vous rencontré des « barrières » ou des « réticences » parce que vous étiez une femme ?

Pendant toute ma première partie de carrière, non pas du tout. J’ai eu des mentors hommes qui m’ont accompagné et fait grandir. Je n’ai jamais senti de différence. Ils m’ont permis de ne pas vivre le creux de la carrière qui apparait lors des congés maternité (je me suis arrêtée un an pour chacune de mes grossesses). J’ai eu la chance d’être promue avant mes départs et d’être accompagnée à chacun de mes retours.

Avec mes collaborateurs, je n’ai jamais ressenti de réticences et je ne me suis d’ailleurs jamais posé la question de savoir s’il était « gênant » de diriger des hommes. Les remarques sexistes ou déplacées existent, reste à savoir comment nous les gérons ! En ce qui me concerne, je réponds avec un humour glacial, je suis impitoyable ! (rires) La seule fois où je me suis rendue compte que le fait d’être femme pouvait être mis en avant est lorsque j’ai postulé pour le poste de Présidente de Directoire. Il faut être élue, j’ai un mandat social de 5 ans et je me suis retrouvée en concurrence uniquement avec des hommes. J’ai eu la chance d’être soutenue par Pierre Valentin (Président du Conseil), qui avait envie de travailler avec moi et qui a poussé ma candidature. Pourtant, pour la première fois, on m’a demandé si j’allais savoir diriger des hommes. Mais j’ai acquis suffisamment de certitudes quant à mon professionnalisme et mon engagement pour ne pas douter.

Pour autant, toutes les femmes n’ont pas la même expérience que moi et il est vrai qu’il y a deux moments-clé où leur carrière peut être en rupture. Il y a le passage à « cadre » car beaucoup de femmes ne deviennent pas cadres ou managers. La deuxième rupture intervient lorsque l’on devient dirigeante. Il y a 55% de femmes dans la banque et au final entre 15 et 20% sont dirigeantes, c’est le signe que nous nous sommes privés de beaucoup de talents !

Il faut être vigilants. Je fais beaucoup de mentoring dans notre réseau de femmes « Les Elles » de BPCE. Elles ont beaucoup de questionnements, de malaises parfois sur des remarques sexistes. Dans ces réseaux, nous leur apprenons à éviter de personnaliser ces situations, à oser, à avoir confiance en elles, à demander une augmentation ou un poste qui les intéresse.

Je suis convaincue qu’une femme qui réussit à conserver ce qu’elle est, avec sa sensibilité de femme tout en étant très professionnelle bien sûr, aura une facilité de management bien plus grande que les hommes. Il ne faut pas qu’elles se travestissent en homme et qu’elles acceptent ce qu’elles sont !

La société, l’éducation ont une tendance à culpabiliser la femme en permanence : il faut être la femme parfaite, la mère parfaite, la professionnelle parfaite. Arrêtons avec cette pression !

De plus, on demande aux femmes de choisir entre vie professionnelle et vie personnelle ! Elles doivent choisir entre aimer leur mari et leurs enfants ou faire carrière : c’est d’une violence insupportable !

Je n’ai autour de moi que des hommes formidables qui ont adoré leurs enfants. Pourtant on ne leur a jamais demandé de choisir entre carrière et vie personnelle !

La société et l’éducation ont une tendance à culpabiliser la femme en permanence

Comment gérez-vous votre vie personnelle avec un emploi du temps forcément très chargé ?

J’ai eu la chance d’avoir un mari qui a compris que mon épanouissement personnel passait aussi par un épanouissement professionnel. Par exemple, il déposait les enfants à l’école le matin car je partais très tôt mais j’étais à toutes les sorties de fin d’année avec mes enfants !

Je remplaçais la quantité par des moments de qualité. Si l’un d’eux m’appelle sur mon portable, je décrocherai même si je suis en réunion ! Il faut leur montrer qu’ils sont prioritaires quand cela le nécessite. Le jour d’anniversaire de mes enfants ou de mon anniversaire de mariage leur sont  consacrés ! Quelques soient mes obligations professionnelles, c’est incontournable pour moi.

Quel genre de maman êtes-vous ?

Mon mari et moi avons essayé de leur apprendre le goût du travail, de l’engagement mais aussi de savoir se faire plaisir ! Mes enfants ont toujours été à l’école publique car je souhaitais qu’ils soient« confrontés » à la vraie vie. Ils étaient bons élèves et aujourd’hui, à l’âge adulte, ma fille travaille dans une agence de communication et mon fils est ostéopathe. J’ai été autoritaire sur certains points : la politesse, lesrègles sociales. Mais au-delà de ça, j’ai toujours rangé derrière eux ! (rires)

Je suis une vraie mère poule, une vraie mamma méditerranéenne ! J’ai beaucoup joué avec eux, dès que j’avais du temps, je leur consacrais. Le week-end, si j’avais du travail, nous travaillions tous ensemble sur une grande table : eux faisaient leurs devoirs et moi j’étais sur mon ordinateur.

Quel conseil pouvez-vous donner aux jeunes femmes qui souhaitent allier carrière et vie de famille ?

C’est d’oser, de se faire plaisir, de chercher l’épanouissement. Je ne crois pas que l’on puisse être bon ou efficace dans un domaine si nous ne sommes pas épanouies globalement. Il faut être bien avec soi-même. Certaines femmes et même hommes sont épanouis en se consacrant totalementà leur famille, d’autres choisissent de ne pas  fonder de famille et enfin, d’autres, comme moi, s’épanouissent dans les deux. Il faut être honnête avec soi-même, arrêter d’écouter l’environnement qui nous fait culpabiliser.

Je vois beaucoup de femmes qui arrivent à la quarantaine, dont les enfants ont grandi et qui regrettent de ne pas s’être suffisamment investies dans leur vie professionnelle. Elles vivent alors mal leur deuxième partie de vie alors qu’à 45 ou 50 ans,nous sommes encore très jeunes ! Elles sont dans  l’amertume.

Je leur dirais : « essayez de réfléchir dans la durée, de vous projeter ». Il faut aussi que cela soit leur choix à elles et qu’elles n’hésitent pas à se faire aider ! Il existe des réseaux de femmes qui sont là pour ça. Les femmes sont courageuses et ellesdoivent s’écouter et ne pas douter d’elles-mêmes ! ●

Propos recueillis par Christine Pugliesi

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