Carole Delga

La Présidence au féminin

Présidente de la région Occitanie depuis plus de deux ans, Carole Delga mène de front sa carrière politique et sa vie de femme.

Sans langue de bois, elle nous parle de son parcours de vie qui l’a menée jusqu’ici.

Rencontre avec une femme qui va de l’avant.

Propos recueillis par Christine Pugliesi

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel jusqu’à la Présidence de la région Occitanie ?

Mon premier poste a été celui de Responsable des monuments historiques et archéologiques à la mairie de Limoges. À ce moment-là, j’ai été en contact avec les entreprises du bâtiments et des travaux publics : cela a été très formateur notamment grâce à toute la complexité juridique liée à la protection des monuments historiques. 

Puis, je suis devenue Directrice Générale des services du Syndicat des eaux de la Barousse. À cette occasion, j’ai dirigé deux entreprises : l’une d’embouteillage de l’eau et l’autre dans le cadre des travaux publics sur l’eau et l’assainissement. Grâce à ces expériences, moi qui était fonctionnaire, j’ai acquis une culture du monde de l’entreprise et de l’opérationnel mais également du management d’équipe puisqu’il y avait environ 150 personnes à manager. Cela a duré huit ans.

Quel âge aviez-vous ?

J’avais 23 ans lorsque j’ai commencé ma carrière.

Vous étiez très jeune. Cela a dû être compliqué !

C’est sûr que lorsqu’ils m’ont vue débarquer, ils se sont dit qu’ils pouvaient faire de moi ce qu’ils voulaient mais cela ne s’est pas passé comme ça ! (rires) Il a fallu deux ou trois ans pour nous apprivoiser mais ensuite cela a bien fonctionné.

Lorsque je retourne dans ces territoires -les Hautes Pyrénées, le Sud de la Haute Garonne et le Gers- mes anciennes équipes viennent à ma rencontre et cela me touche toujours beaucoup.

Et la politique ? Comment en êtes-vous arrivée là ?

Les adjoints de ma commune natale, Martres-Tolosane, m’ont sollicitée en 2007 pour les Municipales et m’ont demandé d’être tête de liste. Ils souhaitaient qu’une jeune femme soit maire, j’avais 35 ans. Nous avons été élus au premier tour !

Puis Martin Malvy m’a demandé de diriger sa campagne aux élections régionales et d’être sur sa liste en 2010. Il m’a nommé vice-présidente.

En 2012, j’ai été élue députée de la Haute-Garonne au premier tour. En 2014, je me suis à nouveau présentée à la mairie et j’ai été élue au premier tour également. Puis j’ai été nommée par Manuel Valls Secrétaire d’Etat au Commerce, à l’Artisanat, à la Consommation et à l’Economie sociale et solidaire.

Au cours de cette fonction ministérielle, Martin Malvy m’a indiqué de façon confidentielle qu’il ne se représenterait pas aux Régionales et il m’a encouragé à me présenter. 

J’ai donc démissionné pour me présenter et c’est ainsi que j’ai été élue Présidente de la région Occitanie.

Pourquoi avez-vous choisi une carrière politique ?

J’avais choisi d’être cadre territorial car j’avais envie d’être utile, j’avais ce goût pour toutes les organisations publiques. Du coup, de par mes études, j’avais une culture publique mais j’ai toujours été dans des fonctions très opérationnelles, j’étais sur le terrain. Lors de mes fonctions d’élue, j’ai toujours été au service des gens, de la cause publique.

Sachant que le monde de la politique est majoritairement un monde d’hommes, comment avez-vous été accueillie ?

Je n’ai rencontré aucun frein lié à ma condition féminine jusqu’à la campagne des Régionales. Lors de mes campagnes précédentes – lorsque j’ai été députée ou ministre – je n’ai jamais eu de difficultés parce que j’étais une femme. Au contraire, j’ai même été soutenue par beaucoup d’hommes.

En revanche, lors de la campagne des Régionales, j’ai découvert ce qu’étaient le sexisme et la misogynie. On me reprochait d’être une femme et en plus d’être jeune ! Les citoyens d’Occitanie ont apprécié d’avoir une candidature féminine mais mes adversaires en faisaient un argument de faiblesse.

Avez-vous été blessée ou au contraire, cela vous a-t-il motivée  à aller plus en avant ?

Je me suis dit que j’allais leur donner tort et que j’allais les battre ! Cela serait la meilleure leçon que je pouvais leur infliger ! Cela n’a rien enlevé à ma détermination, au contraire, cela l’a nourrit.

Mais malgré tout, sur le fond, cela m’a extrêmement déçue que de telles personnes qui se considéraient comme de grands élus avec une telle expérience politique soient en fait, de « petits candidats ». 

Pouvez-vous nous parler des personnalités qui vous ont influencé ?

J’ai adoré ma grand-mère qui m’a élevé. Elle a été essentielle dans mon développement personnel. Elle m’a tout donné. Elle m’a beaucoup marqué par son courage, sa ténacité. Elle a eu une vie très difficile et une fin de vie éprouvante. J’ai essayé d’être à la hauteur de tout ce qu’elle m’a donné.

Elle guide toujours mes pas.

Je n’ai rencontré aucun frein lié à ma condition féminine jusqu’à la campagne des Régionales

Si vous pouviez revenir en arrière et rencontrer la petite fille que vous étiez, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais d’avoir confiance dans la vie, que la vie est belle. J’ai eu une enfance très heureuse et choyée. À l’adolescence j’ai du traverser de lourdes épreuves et j’ai été une jeune fille parfois anxieuse et craintive. 

Je lui dirais que les épreuves peuvent être surmontées notamment, grâce à toutes les personnes présentes autour d’elle. Je lui dirais d’être plus apaisée. 

D’un point de vue professionnel, qui vous a influencé ?

Je pense à tous ces hommes qui m’ont fait confiance : Martin Malvy bien sûr, Dominique Manent qui a été mon premier président et m’a confié toute la direction de ces sociétés d’économie mixte. Jean Courtade, ancien maire de Martres-Tolosane qui a été mon mentor. Il m’a ouvert à un monde que je ne connaissais pas.  J’ai eu beaucoup de chance ! Ils m’ont tout donné !

Quel souvenir souhaitez-vous laisser derrière vous ?

Je ne pense jamais à tout ça ! Je suis très humble. Je pense que lorsque nous sommes à une fonction politique, il faut rester très humble. Il ne faut absolument pas être dans le culte de la personnalité, j’ai horreur de ça !

J’espère jusque que les personnes qui se souviendront de moi auront le souvenir d’une personne honnête et droite, qui tenait parole et qui aimait les gens. Qui les aimait vraiment. Rien de plus.

Que pouvons-nous vous souhaiter aujourd’hui ?

Que les gens que j’aime aient la santé ! Je sais ce que c’est de vivre la souffrance d’êtres chers à cause de la maladie et je pense que c’est la pire épreuve. Nous sommes impuissants face à la maladie et à la souffrance des autres. Cela m’a plus touché que des souffrances que j’ai pu vivre directement. 

Est-ce compliqué de concilier votre vie personnelle et votre professionnelle ? 

Oui ! Cela demande beaucoup de sacrifices à ma famille car je suis peu présente. Mais j’ai la chance fabuleuse d’avoir une famille qui me soutient dans mon engagement public.

Ils aimeraient que je sois plus disponible pour eux mais ils ont l’élégance de ne pas me le faire sentir. Leur soutient sans faille est la première de mes richesses ! 

Mon compagnon est remarquable, il m’aide dans toutes mes activités, il est très patient. Il a toujours le mot juste, le bon conseil. Il s’oublie beaucoup pour me mettre en avant. Je sais ce que je lui dois.

Ma mère, ma marraine, sont toujours là. Elles sont toujours pleines de belles attentions. L’autre jour, je suis rentrée chez moi à 23h après trois jours d’absence et un beau bouquet de bois de senteurs m’attendait à la maison. J’adore les fleurs et surtout les fleurs sauvages. Je sais que ma mère l’a ramassé pour moi. Ces petites attentions sont des cadeaux !

Je suis consciente de la chance inouïe que j’ai d’avoir une famille comme celle-là. Leur amour me porte. ■

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1 réponse

  1. Goncalves dit :

    J’ai de vous l’image d’une personne de qualité. Vous êtes proche des gens et sur le terrain. Vous n’avez pas oublié du vous venez et cela est essentiel. On ne juge bien que ce qu’on connaît bien.
    Merci pour vôtre intégrité et votre dévouement au service de la région.
    Nous avons besoin de hommes et de femmes comme vous pour gérer le pays.
    Je vote souvent blanc car les politiques ne sont pas crédibles à mes yeux.
    J’ai voté pour vous et pour le maire du village où j’habite depuis 9ans et je ne regrette pas! Continuons il y a tant à faire.
    Amicalement

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