Une épreuve sans fin… par Cecyloo

Une épreuve sans fin…

 

Le cerveau d’une maman est comme un ordinateur sur lequel il n’y a pas de bouton off.

 

Malgré mes innombrables efforts et une motivation du tonnerre, j’ai l’impression de piétiner. Déjà une heure que je tente d’avancer mais sans franc succès. Le chronomètre n’est pas à mon avantage. Je ne risque pas de gagner l’épreuve de vitesse aujourd’hui, peut être celle d’endurance…

C’est un circuit digne des plus grands sportifs, un véritable parcours du combattant. Je vais en avant, je recule, je slalome, j’évite, j’accélère, je me hisse, je me penche… En avant, en arrière, en haut, en bas, à gauche, à droite… Une véritable chorégraphie rythmée, des acrobaties presque périlleuses au milieu d’une foule en plein délire. Pas de plan incliné, de tunnel ou de boue… Pas sur une plage idyllique de Koh Lanta… Seulement des caddies à l’horizon. Me voilà un samedi au milieu des allées de mon supermarché. Après avoir traversé les rayons alimentaires, étape essentielle à la survie de la famille avec le frigo complètement vide, j’attaque la deuxième phase, mais pas la moindre: les courses pour la rentrée scolaire.

D’ailleurs, il ne faut surtout pas que j’oublie les rouleaux de papier transparent pour couvrir les livres, ce fichu papelard avec lequel je vais encore créer une multitude de petites bulles sur les couvertures des cahiers des enfants. Et pourtant, ce n’est pas faute de m’appliquer ou de manquer d’engagement. J’ai regardé de nombreux tutoriels sur You Tube, j’ai écouté tous les conseils des mamans parfaites devant l’école et malgré cela, je sais déjà que je vais encore me retrouver avec une satanée aiguille à traquer les innombrables sphères d’air, livre après livre… Encore une sacrée partie de plaisir au programme.

— Non Julie ! Je ne vais pas te racheter un cartable. Tu nous as eus à l’usure l’année dernière et on a fini par t’offrir le sac de tes rêves, dont le prix dépasse même celui de mon sac à main. C’est non négociable, je ne t’en prendrais pas un nouveau.
— Pas d’argumentation possible ! Aucune raison valable ne sera retenue. Et surtout pas, celle-là ! Tu n’arrives pas à l’assortir avec tes tenues ! Il fallait y penser avant et en prendre un gris ou un noir. Mais de toute façon, tu vas au collège pas à la fashion week !

Chaque année, je me dis qu’il ne faut pas que je prenne les enfants avec moi afin que la corvée ne devienne pas un véritable cauchemar et pourtant à chaque fois, je me fais avoir…

— Ne prends pas un agenda Avengers, Gianni, il te faut un cahier de texte.
— On ne dit pas « ils sont moches » mais « je ne les trouve pas très beaux ». Regarde celui-là avec le joli chien, ou celui avec le surfeur… Ils sont chouettes !
— Non, il n’est pas question qu’on fasse le tour des grandes surfaces pour un cahier de texte !
— Juju, pourquoi tu prends celui-là ?
—Il est peut être plus grand mais il est surtout plus cher et je te rappelle qu’il sert à marquer tes devoirs, pas à laisser tes copines écrire des petits mots et dessiner des cœurs à chaque page.

En parlant d’agenda, je réalise que j’ai oublié d’appeler les médecins pour les certificats nécessaires aux activités sportives des enfants. Avec la chance que j’ai, en téléphonant maintenant, j’aurais peut être rendez-vous chez le pédiatre en novembre.

Passons, il faut que je me concentre sur ces satanées listes de fournitures illogiques au possible, rangées comme la chambre de ma fille, lundi boutonné avec mardi. Après avoir attrapé au vol les stylos billes au début du rayon, me voilà obligée de faire demi-tour car dix lignes plus loin un stylo feutre noir à pointe fine est demandé. Sans blague, quelle précision ! Mais j’ai du mal à négocier le virage à 360°, des seniors papotent au milieu de l’allée. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient venir un autre jour de la semaine, ou s’ils avaient la possibilité d’échanger des joyeuses banalités à la brasserie plutôt qu’au rayon des fournitures scolaires ! Mais comme je suis bien élevée, j’esquisse un petit sourire gêné et m’excuse en tentant de me faufiler avec mon chariot au milieu de la bande d’enquiquineurs.

— Maman, il nous faut aussi des feutres et des crayons de couleur !

À la maison, nous en avons une caisse remplie, qui déborde, et dont les couleurs de l’arc en ciel seraient jalouses vu le nombre incroyable de teintes qui se côtoient… Mais je n’ai pas envie de batailler et cède ce round-là à mon fils avant d’être complètement KO.

Céder, céder, encore céder… Comme lorsque les enfants appellent leur père à tue-tête et que celui-ci répond «j’arrive», une fois, «j’arrive» une deuxième fois, «j’arrive» une troisième fois et que je me retrouve dans leurs chambres avant qu’il n’ait quitté le canapé… Et parfois, ne pas céder, ne pas céder, résister à la tentation, contenir la colère. Comme quand mon mari affirme qu’il a rangé la table alors que le bordel a juste été déplacé, caché derrière la porte du placard ou dans le tiroir du buffet. Comme je le dis souvent, avec mon époux, je n’ai pas deux, mais trois enfants à la maison.

Plus de place à l’intérieur du caddy, même pas pour un tentant paquet de chewing-gum placé juste sous le nez des jeunes avant les caisses. Comme d’habitude le montant de mon ticket de caisse fera au moins le triple du caddy témoin placé à l’entrée du magasin. Je vois le bout du tunnel… Mais c’est sans compter sur la patronne de mon mari qui déboule devant moi…

— Non, tout va bien.

Pourquoi lorsque je ne suis pas maquillée, tout le monde me demande si je suis malade ? Impossible d’être impolie avec elle, je tente de m’en sortir par une pirouette.

— Je suis contente de vous avoir vue mais je vais y aller, nous avons du monde à la maison ce soir.

C’était plutôt malin jusqu’à ce que Gianni s’empresse de démentir l’information. Enfin bref, seul le résultat compte, elle continue son chemin et je peux poursuivre le mien en direction des caisses.
Nous prenons place dans la file d’attente. Juju boude, pressée de rejoindre ses copines et peut être un peu à regret en pensant à son sac à dos qui restera bien sagement dans le rayon. Toutefois, les enfants m’épatent par leur patience. Après la dernière épreuve du tapis roulant et de la course contre la rapide caissière, j’en aurai enfin fini… Du moins jusqu’à l’année prochaine !

J’ouvre mon sac à mains pour trouver ma carte de fidélité au milieu de sa multitude de consœurs. Une enveloppe clignote sur mon téléphone. Mon mari : « Mon cœur, il me faut absolument du café pour le boulot lundi matin. Merci.» Je manque de craquer. C’est la totale ! Rien ne me sera épargné aujourd’hui. Je respire calmement, profondément et demande à ma fille de continuer à faire la queue pendant que j’attrape son frère par la main pour retenter une traversée du magasin en un temps record.

Quand je reviens, c’est enfin notre tour. Lorsque la totalité des articles a été scannée, comme d’habitude, je me retrouve avec des sacs qui ne rentrent plus dans le caddy. Finalement ce n’est pas une si mauvaise idée d’avoir des bras supplémentaires avec moi.

Je cherche ma carte bleue pour régler la somme astronomique en calculant que le budget du mois est déjà bien entamé alors que nous ne sommes que le 9 et qu’il reste les impôts à payer, les activités, les frais scolaires, le bus… La charge mentale n’est pas qu’une mode ou lubie d’une dessinatrice farfelue, c’est une réalité quotidienne qui a été brillamment illustrée sur le web. Le cerveau d’une maman est comme un ordinateur sur lequel il n’y a pas de bouton off. Mais pour l’instant, il faut que je me concentre sur le contenu de mon sac : des échantillons, des ordonnances périmées, des flyers en tout genre, des mouchoirs, du maquillage, des médicaments, un tampon… Mais pas de carte bleue. Ni de chéquier. C’est comme chercher une aiguille dans une meule de foin mais je ne peux pas renoncer alors que je sens la cliente suivante s’impatienter bruyamment dans mon dos. À force, je vais bien finir par trouver…

Puis tout d’un coup, un éclair de lucidité parvient jusqu’à mon esprit. La situation est encore pire que je ne pouvais l’imaginer. J’ai fait les comptes avant de partir et mes moyens de paiement doivent trôner fièrement sur le bureau.

Et pendant que je me dirige vers la sortie pour retourner à la maison après avoir laissé mon chariot à la consigne sous la surveillance du vigile, je réalise qu’en plus, j’ai oublié le rouleau pour couvrir les livres…

Texte : Cecyloo

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